Tableau 1. Stratification de l’échantillon
Age et sexe
Il y a 37 femmes (18%) dans l’échantillon et 166 hommes (82%). L’âge de 32 femmes est connu et la moyenne est 32.7 ans. L’âge de 143 des 166 hommes est connu. La moyenne de leur âge est 35.6 ans. L’âge moyen des hommes et des femmes est 35.2 ans. C’est donc une population majoritairement masculine qui reflète la réalité du marché du travail.
Un type modèle - Les as de la
technique
Ce sont 13 sujets, soit 6% de la population.
Ce groupe est constitué de sujets très forts et qui ne sont pas allés en
gestion comme beaucoup d'ingénieurs ambitieux. Ils sont plus scolarisés que
la moyenne de cette norme. 3 des 13 sujets venaient de la biologie (biophysique, biochimie) et
ils avaient fait des études avancées. D'autres ne sont pas très scolarisés, mais
ils ont les caractéristiques des as au plan technique.
Le prototype était en métallurgie et il avait une grande réputation. Les 4 autres sujets les plus typiques du groupe sont des spécialistes d’envergure.
Par exemple, un premier dirigeait un laboratoire de recherche et développement.
Le second faisait de la recherche en biochimie.
Tableau représentant les échelles les plus
significatives du groupe 1
Ces gens sont d’abord très rigoureux intellectuellement et très décisifs. Ils aiment les techniques et ils ont de l’énergie. Ils valorisent les études et plusieurs ont effectivement une formation avancée qui exige ou développe les traits mentionnés. Ce sont des gens intelligents et très déterminés.
Leur indépendance les empêche de bien s’intégrer dans beaucoup de milieux. Ils ne sont pas disciplinés. Ils refusent
souvent d’assimiler les valeur de la société globale et le fait d’être en recherche n’est pas étranger à ce refus.
Ces gens sont ouverts aux changements et leur jugement pratique est bon. Ils désirent un peu dominer, mais ils sont très introdéterminés, peu conciliants et peu tolérants. Ce sont des rebelles qui veulent changer le monde. Ils
sont flexibles dans les moyens d’y arriver, mais ce n’est jamais en se conformant et en suivant la voie tracée d’avance.
Ces gens n’ont pas besoin de la présence de beaucoup de monde. Ils expriment bien leurs émotions. Ils ont tendance à vivre dans des milieux spécialisés et c’est dans ce genre de milieux qu’ils fonctionnent le mieux. Confrontés aux demandes d’un milieu ordinaire, ils sont vite marginalisés.
Les niveaux de l'expertise
Selon les frères
Dreyfus, H.L. et S.E.(1986), il existe 5
niveaux d'expertise dans tous les domaines. Les ordinateurs peuvent atteindre
certains niveaux, mais les niveaux les plus avancés vont appel à l’intuition et
l’informatique est loin de ce niveau de performance. Selon eux, si les
grands-maîtres de l'échiquier peuvent jouer au rythme de 5 à 10 secondes par
coup sans perte importante de performance, c'est parce qu'ils fonctionnent
intuitivement. Ils citent aussi un expert en arts martiaux qui explique que
dans la pratique de son art il n'y a pas de temps pour faire des choix. "Si
vous prenez le temps de penser en combat, de penser je vais utiliser telle ou
telle technique, vous avez perdu!". Le film Le retour du Jedi de S.
Spielberg est à voir pour comprendre ce sujet. La confiance du Jedi est
nécessaire pour atteindre une performance idéale.
Pour dépasser le niveau 3, il faut une
confiance en soi qui est incompatible avec la prudence des conseils de sagesse
qu’on sert aux professionnels. C’est ironique de penser que plus on dit aux
professinnels d’être prudents, moins on leur donne la chance d’arriver au niveau
d’expertise qu’on leur prescrit d’atteindre. Le texte des frères Dreyfus s'étend
longuement sur les difficultés des gens très analytiques qui atteignent un
certain niveau d'expertise, mais plafonnent aussi au niveau 3 d'expertise. Ils
utilisent des exemples de plusieurs domaines. Une conclusion secondaire que l'on
peut tirer de cet exposé c'est que les universités sont mal placées pour aider
les praticiens à dépasser le stade 3. Les ordres professionnels qui
responsabilisent à outrance nuisent aussi.
Voici les 3 premiers niveaux:
·
Niveau 1.
Le novice apprend à reconnaître les faits objectivement observables et leurs
caractéristiques. Il apprend vite si on lui communique ces règles. Dans le cas
d'un test, il faut apprendre ce que les échelles veulent dire en général.
·
Niveau 2.
Le débutant avancé reconnaît des éléments qui n'ont de sens que dans un contexte
précis. La pratique facilite cet apprentissage. Dans le cas d'un test, il
s'agit d'apprendre ce que les échelles veulent dire pour un sujet de 20 ans, de
50 ans et dans certains contextes.
·
Niveau 3.
La compétence s'acquiert en devenant capable de s'ajuster à l'ensemble des
éléments en cause et de les combiner pour atteindre un but concret. Par
exemple, interpréter un test pour aider un sujet à choisir un programme d'études
est différent que s'il faut aider le sujet en réhabilitation. On apprend alors
à décomposer les patterns en éléments et à recombiner les éléments selon les
règles et les objectifs.
·
Le plan de travail choisi est alors
décidé systématiquement. Ce choix d'un plan de travail n'est pas facile, mais
une fois ce plan fait, l'interprétation est la résolution d'un problème avec la
démarche systématique que cela implique. C'est le type de fonctionnement que
les psychologues de l'approche cognitive décrivent quand ils parlent de
résolution de problèmes. C'est aussi ce que les universitaires enseignent.
Les frères Dreyfus s'éloignent de la
tradition cognitive quand ils expliquent les niveaux de compétence 4 et 5. Le
Niveau 4 est le niveau de la maîtrise. Un maître peut intégrer dans son
raisonnement des événements récents, des expériences qui ne semblent pas
reliées. Il peut reconnaître des patterns sans avoir à les décomposer et à les
analyser en détail. Les Dreyfus appellent la capacité du maître d'utiliser des
patterns en bloc la reconnaissance globale (holistic similarity recognition). A
ce niveau d'expertise, il est possible de reconnaître sans effort le sens d'un
pattern dans un test. C'est une connaissance intuitive; de celle que les
ordinateurs ne peuvent et ne pourront jamais atteindre selon les Dreyfus. Le
maître organise donc son travail et comprend sa tâche de façon intuitive, mais
l'exécute analytiquement.
Le Niveau 5 est celui des grands
experts. Un véritable expert ne voit pas les choses objectivement. Il les vit
intensément. Un conducteur d'automobile expérimenté conduit; mais il n'a pas
l'impression de conduire une voiture comme le ressent si intensément le
débutant. Les véritables experts ne solutionnent donc pas des problèmes ni ne
prennent de décisions. Ils font ce qui normalement fonctionne bien. La
mécanique du travail est oubliée et ils fonctionnent de façon intuitive. Les
contrôleurs aériens ne voient pas un point sur un écran. Ils voient un avion.
Ainsi un interpréteur de test à ce niveau ne voit pas un niveau dans une
échelle; il voit quelqu'un qui marche, comme marchent ceux qui sont élevés dans
l'échelle et qui sont faibles ailleurs.
C'est à ce niveau qu'il est possible de
dépasser complètement la technique et de décrire les gens à partir d'un profil
de test de façon unique. Dans un bon rapport psychologique de cette qualité,
les lecteurs voient le sujet marcher et ne voient que lui marcher de cette
façon. L'expertise permet donc une performance fluide. La facilité de l'expert
décourage les débutants qui se cantonnent aux règles. L'expert ne peut pas non
plus exactement dire pourquoi il tire telle et telle conclusion.
Aux stades 4 et 5, le fait de cotoyer
d'autres experts est important. Peu d'organisations ont une masse critique
suffisante de spécialistes en évaluation psychologique pour offrir des modèles
aux débutants. Même si ces spécialistes existent, le secret professionnel et le
cloisonnement des spécialistes qui utilisent des tests différents nuisent à la
transmission du savoir aux débutants dans le domaine de l'évaluation. Dans
d'autres professions, le partage de l'expérience clinique est plus facile et
fait partie des traditions, en médecine par exemple.
Trouver la confiance du Jedi est
certainement plus facile quand un maître sait jouer avec l’effet Pygmalion au
mépris de toutes les règles de prudence.
Il résulte de tout ceci qu'on identifie
les experts par leurs capacités intellectuelles, mais aussi par leur
fonctionnement émotif.