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Une allégorie

 

Les psychologues proposent que la dépression soit une maladie professionnelle. Ils apportent des arguments compliqués dans ce sens et ils s’offrent pour aider les pauvres victimes. La morale de l'effort, les vertus associés au travail sont évacuées par cette approche pseudo-scientifique, mais leurs arguments sont nobles et généreux. Ils assurent la fraternité dont notre monde a tant besoin.

Les grandes explications des docteurs

La psychiatrie et a psychologie ont proposé depuis 100 ans bien des explications pour rendre compte de l'ensemble du comportement humain, surtout des problèmes humains puisque les docteurs s'occupent des problèmes. Ces explications  bien compliquées, variées et souvent contradictoires ont rendu le consensus entre les experts impossible. Cela nuit à la crédibilité de la profession, mais proposer que les difficultés des gens sont de nature pathologique et médicale est essentiel pour garder l'autorité sur ce domaine. Il ne faudrait quand même pas que les difficultés de la vie et du travail leur échappent. Les gens ont besoin d'aide et c'est un devoir d'aider l'humanité souffrante.

Devant la difficulté de s'entendre sur les causes de maladies mentales, les psychiatres ont proposé de les classifier par les comportements objectifs observables. Ils ont proposé un système de classification des symptômes et la dépression à été propulsée ainsi à l'avant plan des maladies mentales. La dépression est un problème d'inhibition. Par chance, il y a maintenant des drogues qui font effet sur cette inhibition. C'est cher, mais l'alcool sous toutes ses formes, le tabac, le kat et le pot; toutes ces saloperies qui ne sont pas produites de façon fiable dans des usines qui paient des taxes sont dangereuses.

Comme ces drogues ont aussi un effet sur des symptômes connexes, on peut en produire pour démontrer qu'ils ont un effet sur beaucoup de symptômes comme l'anxiété, les troubles paniques, les troubles alimentaires, les céphalées, les migraines. Même les troubles obsessionnels et les états d'excitation sont reliés. En effet, les gens qui ne sont pas inhibés, mais a contraire trop excités cachent la dépression. Les hyperactifs cachent leur dépression habilement, mais les experts en ont vu d'autres. Certains sont mêmes troublés au point de penser qu'ils aiment leur travail.

On peut donc tout inclure et son contraire dans le même sac avec cette notion de dépression et autant de gens déprimés ne peut être le fruit du hasard. C'est un phénomène important qui mérite d'y consacrer beaucoup de ressources. La maladie mentale n'est plus une névrose, un complexe ou quelque réaction fort compliquée que les théories savantes ont proposé depuis 100 ans. Ces théories font de la chicane et les progrès de la science font qu'elles changent maintenant trop rapidement. On ne peut fonder la justice sur des modes passagères.

On traite donc le symptôme, une réalité observable donc scientifique, sans chercher plus loin. C'est observable puisque le patient qui entre chez le médecin déclare souvent je me sens fatigué. Il mentionne même souvent de ces douleurs qui n'ont pas une explication évidente. La science médicale dirait certainement ce qu'elles sont avec précision ces douleurs mal définies s'il y avait une cause claire.

L'autorité des experts consistait autrefois à donner du sens à ces réactions compliquées, mais les théories des experts ont été mises au pilori trop souvent. Ils ont eu l'air fous trop souvent. Quand une personne qui ne travaillait pas risquait de mourir de faim et d'entraîner avec elle sa famille dans la déchéance, le problème était sérieux. Un expert doit passer du temps sur des problèmes important et complexes. Il doit régler vite les petits, tout en donnant de la considération au patient.

Pour éviter le ridicule, les experts ont compris qu'il ne faut plus se compliquer la vie avec des explications qui seront plus tard la risée générale comme la psychanalyse l'a été. Ils ne disent plus autant de bêtises, mais il doivent trouver des mots sobres pour décrire cette réalité dont l'importance tient à la douleur du patient. La souffrance morale est une chose intolérable et il faut aussi justifier son emploi. Sinon, ce sera le chômage quand l'excuse de la fatigue des experts ne fonctionnera plus. La vie est vraiment sans pitié et il bâtir de larges consensus sociaux est compliqué.

De la maladie mentale à la fatigue

C'est connu que les gens fatigués ou anxieux ont recherché à trouver contenance et dynamisme dans toutes sortes de remontants comme l'alcool, le tabac et les drogues depuis longtemps. Nous pouvons maintenant exiger que les conducteurs soient sobres et la fumée est bannie des restaurants.

Au lieu d'avoir à chercher quel produit nocif pourrait améliorer leur humeur, leur remonter le moral, les médecins font le travail et prescrivent des drogues légales qui modifient l'humeur. Le problème est réglé proprement, légalement et sans les conséquences fâcheuses de l'alcoolisme, du tabagisme...

L'autre réaction traditionnelle quand les gens sont fatigués consiste à se reposer. On cesse de travailler. Les romains avaient des bains et les québécois ont des chalets près d'un lac tranquille. On peut aller aux eaux, en pèlerinage ou à l'Église. La confession et la prière avaient des vertus qu'il faut remplacer puisque le ciel semble maintenant plus possible sur la terre pour la majorité qu'au... ciel.

Nos experts peuvent donc offrir des solutions sérieuses à un problème qui a défié le temps. Ils appellent cette fatigue, ce ralentissement moteur, une dépression. Parce que c'est une dépression, le manque d'énergie pour faire son travail peut devenir une maladie mentale. Si c'est une maladie, c'est comme un accident. S'il y a une loi pour aider les accidentés du travail et que la fatigue est un accident, on peut rester à la maison ou aller au chalet. Il y a déjà une période annuelle prévue pour récupérer de la fatigue, mais il faut faire une différence. Il faut une appellation contrôlée et le statut d'un accidenté est bien géré. Les voisins veulent voir une différence après tout.

La place de la psychologie

Pour bien récupérer de la fatigue du travail, on peut avoir de l'aide. Les voyages organisés, les camping, la plage et le Club Med offrent de l'aide pour bien relaxer annuellement. Cela ne fait pas assez sérieux pour un accidenté. On doit donc offrir aux gens vraiment fatigués un accompagnement professionnel. Par exemple, un universitaire qui écoute et qui montre de l'empathie peut écouter l'accidenté une heure par semaine. Parler de soi, de sa fatigue et des difficultés de la vie à cette personne c'est différent. C'est une thérapie, sans qu'on sache vraiment définir en quoi une thérapie consiste. Attention, ces professionnels ne doivent pas profiter de la situation pour caresser le client comme une prostituée le ferait. Il faut des gens de grande moralité qui ne feront pas plus qu'écouter. Ils pourront ajouter quelques autres intervention peu envahissantes, mais des choses qui sont l'objet d'une théorie dans au moins quelques livres avec une reliure cartonnée. La psychologie est une science.

Cet accompagnement permet de ne pas perdre le contact avec l'employé qui reste chez lui. Il faut éviter qu'il se pense en vacances. Il peut retourner temporairement dans un poste moins exigeant physiquement à un moment donné. Après une période de repos, les gens fatigués peuvent généralement revenir au travail car l'ennui a de l'effet et les voisins ont encore des idées dépassées comme la maladie mentale, Passer pour un fou n'est pas drôle et il y a des incultes qui ne comprennent pas les réalités de notre siècle.

Au retour, les collègues et le supérieur sont prévenus par cette absence prolongée que l'employé est fragile. Il ne faut pas trop lui demander des efforts au risque de la voir disparaître à nouveau. Ces absences ajoutent de la pression sur les autres employés et personne n'est à l'abri devant des tâches devenues très lourdes. Que personne ne lance la pierre à la personne fatiguée. Ce pourrait être le prochain à tomber de lassitude et à prendre le chemin du repos réparateur optimisé par l'aide des professionnels. Il n'y a que des monstres et des inconséquents pour dire que le travail n'est pas fatiguant. Ce sont des monstres parce qu'ils exigent des efforts que les gens ne peuvent fournir et ils le sont aussi parce qu'ils dérangent l'ordre social. Certains harcèlent les victimes en se moquant et ils nuisent à l'ordre fraternel dans le monde du travail.

D'un autre côté, ce congé ressemble trop au paradis terrestre pour être accordé sans un examen sérieux.  Chaque société a besoin d'interpréter les faits de façon à faciliter les relations entre les gens et maintenir le sens de la justice. Si des experts ont la sagesse de mettre de côté ces théories compliquées, auxquelles ils ont tenu si longtemps, pour se limiter à statuer sur des faits observables simples, ceux qui ne sont pas d'accord avec ce consensus nuisent à la bonne entente générale. Il ne faut pas ridiculiser le travail de ces docteurs, experts des assurances et de la réintégration progressive qui argumentent à grands frais avant d'octroyer des congés. La justice ne doit pas seulement être faite, elle doit sembler être faite.

Une vision dérangeante

Nous proposons ici de réduire le problème de la dépression au travail au lieu de l'augmenter par une épidémie qui rapporte aux professionnels. Une épidémie se crée actuellement simplement par l'établissement, l'objectivation, de la "maladie". Au moment où la masse des travailleurs devrait avoir la liberté de s'exprimer et de se réaliser au travail, ils n'en ont pas tous les ressources. Les bons employeurs ont promis aux employés qu'ils seraient heureux au travail, mais ils n'arrivent pas à faire ce bonheur. Au lieu de leur proposer des thérapies, il faut peut-être cesser de susciter des attentes impossibles à satisfaire. Oui, le travail pourrait rester fatiguant. On a éliminé les efforts physiques, coupé la durée du travail en deux et accordé beaucoup de sécurité aux employés depuis 100 ans.

L'État providence ne peut cependant éliminer les difficultés de la vie en dehors du travail et il y a des limites à ce qu'on peut justifier comme étant du au travail. On peut charrier, mais il faut mettre des limites pour que le système des accidents de travail semble juste et cohérent. Le ridicule a des limites et il faut les respecter.

Le sens du travail

Jusque vers 1850, l’essence de la dignité était le pouvoir de commander, le vouloir, selon Georges Ganguilhem qui est cité par Alain Erhenberg dans la Fatigue d’être soi. La maladie mentale était alors une désorganisation de la volonté. Le travail est un domaine où c'était possible de commander et d'agir, donc de s'affirmer.

Les asiles étaient en 1850 pleins de pauvres déchus. Ils sont pauvres de constitution et ils n’ont pas de volonté selon la vision de l'époque. L'attitude est maintenant plus complaisante. Le siècles des lumières proposait que l'évolution de l'humanité allait vers la prédominance de la raison. L'éducation devait permettre aux gens de se contrôler et de se montrer raisonnables. Les gens étaient perçus comme actifs et en contrôle de leur destin. Après avoir été sous la coupe des rois et des religions, les gens devenaient libres et souverains. Cela est fatiguant et souvent mêlé d'agressivité, de frustrations et toute cette importance qu'on accorde au travail n'est pas nécessaire.

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