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La richesse

 

La richesse psychologique des nations

"Travailler c'est fatiguant et voler c'est pas beau." Zachary Richard

"On gagne toujours en s'adressant à ce qui est le plus facile à l'homme, et qui est le goût du repos. Le goût de l'honneur, lui, ne va pas sans une terrible exigence envers soi-même et envers les autres. Cela est fatigant, bien sûr." Albert CAMUS, Actuelles - Écrits politiques, Gallimard, 1950, p. 49.

Introduction

La détresse psychologique des employés fait maintenant des ravages et coûte très cher. En Suède, un ministre a été nommé spécialement pour s'occuper expressément de la chose (juin 2002). L'OCDE a observé que les employés lassés de leur travail trouvent "des moyens détournés pour rester à la maison, via des allocations des travailleurs handicappés."

Ce texte décrit comment des psychologues de formation clinique québécois veulent aider les employés qui n’en peuvent plus à retourner au travail. Depuis 100 ans des théories psychiatriques, reprises par des psychologues, sont encore populaires. Elles ont mis en lumière les motivations comme la sexualité et notre fonctionnement inconscient. En général, ces théories proposent que les gens ne peuvent faire grand chose pour affronter les pressions du milieu. Certains cliniciens comme Erickson ont des optiques plus positives, mais le défaitisme est de mise.

Le sens du travail ne peut avoir la cote si on imagine que les gens sont passifs, soumis aux caprices de leurs pulsions, incapables de se libérer des traumatismes qu'ils ont vécu et si le travail n'est pas valorisé.  Dans l'optique où la sexualité est la grande motivation, le travail est un détournement socialement acceptable des pulsions sexuelles. Si un individu sublime ses pulsions dans le travail, il se fait simplement avoir un peu plus que les autres. Par contre, il ne faut pas cesser de se priver sexuellement. La société n'en reviendrait pas.

La psychologie a adopté une vision négative des choses qui nuit aux promoteurs du travail comme moyen de se réaliser. Tout ce que les gens font de noble prend un sens péjoratif si on se centre sur les faiblesses des gens. Si le travail nuit aux soins que nous pouvons donner à nos enfants, au temps que nous pouvons passer entre amis, il vaut mieux faire l'amour que travailler. Après faites l'amour pas la guerre des années 1960, c'est faites l'amour au lieu de travailler puisqu'il y a conflit entre les deux.

La vie intime est plus importante que le travail pour plusieurs. La motivation de travailler n'est pas soutenue par une idéologie, ni par la faim. A défaut d’aller au ciel, à défaut d’une année sabbatique ou de gagner à la  loterie, rester quelques mois à la maison pour se reposer devient le nouvel Eldorado des travailleurs.

Le manque de motivation au travail est la plus coûteuse des maladies professionnelles. Son statut n’est pas encore clair. Chaque indemnité est longuement discutée, mais des psychologues veulent expliquer le mécanisme de la dépression pour institutionnaliser la dépression. Ils en retireraient évidemment des avantages. Ils proposent d'assimiler la dépression à un accident de travail.

La dépression comme un accident de travail

Assimiler la dépression à un accident de travail en fait phénomène social important et le résultat sera de l'amplifier encore. Ce qu’on appelle la dépression, la détresse psychologique ou le burn out n’est plus seulement un problème du monde du travail si 10% ou 20% des budgets gouvernementaux et un gros pourcentage de la masse salariale du privé passe dans le traitement de cette maladie.

La dépression est l'appellation la plus courante de ce mal au Québec. Les ravages de la dépression sont surtout une réalité dans le secteur public pour le moment. Le secteur hospitalier et l’enseignement sont les plus touchés. Par exemple, mardi le 19 novembre La Presse rapport des frais de 250 millions pour traiter. Ce sont des frais énormes.

Les premiers emplois où la dépression a été observée sont des emplois de relation d'aide. Historiquement, il faut avoir le feu sacré dans ces postes. Quand les gens n’ont plus de carburant, ils peuvent continuer de faire semblant, mais le cœur n’y est pas. A un moment donné, ils n’en peuvent plus. Le refrain est connu. Pourtant, ces emplois sont depuis bureaucratisés et les conditions de travail ont été bien plus pénibles par le passé. Les instituteurs des écoles de rang avaient des conditions pires que celles des professeurs actuels.

Parti d'une activité où il faut comprendre et pardonner beaucoup, cette détresse se répand maintenant dans tous les emplois. Elle résulte de plus en plus souvent en un retrait du travail avec une compensation financière. La bureaucratie québécoise qui pourrait le mieux traiter ces cas est sans contredit la CSST. Dans d'autres pays, les pensions anticipées semblent servir à cette fin, mais c'est moins pratique ici.

Faire face à des situations difficiles est une exigence normale du travail. Pour faire payer le monde du travail, les patrons, il faut montrer que c’est un problème causé par le travail. Il faut montrer que les exigences du travail sont déraisonnables ou anormales afin de justifier une pension. Comme n'importe qui peut tomber, le plus simple c'est de montrer que tout travail est déraisonnable, que nous travaillons trop et que c'est mauvais pour la santé. Comme le chante Zachary Ruchard, Travailler c'est trop dur...

Les affrees du travail, ce construit social, peut devenir la responsabilité des employeurs parce qu’ils semblent pouvoir payer. Pour les faire payer, il faut déformer les faits et détourner la Loi des accidents de travail. C’est un problème politique et social, mais chaque cas est une réaction psychologique.

La solution de l'expert

Martin E.P. Seligman, qui a été président de l'American Psychological Association en 1998 a proposé un virement de bord pour sortir la psychologie de son embourbement dans le modèle médical. Selon lui, nous sommes trop centrés sur les problèmes et nous devrions nous centrer sur les forces, des individus et développer leur résilience. (le texte anglais)

Ces pages proviennent du site de l'APA qui regroupe 150 000 psychologues américains et provenant d'autres pays. 3 articles en anglais sont reproduits ici. Une introduction générale au problème de la dépression, une histoire de la psychologie qui explique l'abandon de la pensée psychologie pour la pensée psychiatrique et un exemple de pensée négative.

la source:

http://www.apa.org/releases/positivepsy.html

Depuis 1998, un mouvement important veut remettre la psychologie sur une voie plus positive. La position de Seligman n'est pas celle des psychologues cliniciens qui ont souvent la psychanalyse comme théorie de fond. Localement, nous avons des exemples locaux de l'attitude négative des professionnels de la psychologie. Ils sont encore encouragés par l'Ordre des psychologues du Québec.

L'Ordre des psychologues fait la promotion d'une explication de la dépression qui déresponsabilise les personnes et qui responsabilise les employeurs. C'est une explication contraire à celle de Seligman. Si nous disons essentiellement que l'individu est dépendant de son milieu, qu'il a besoin d'aide pour tout et pour rien et qu'il est démuni, nous avons une vision négative des gens. En échange de cette image négative, nous leur offrirons des congés.

Le but évident des manoeuvres pour faire de la dépression une maladie professionnelle est d'occuper des psychologues. Pourtant, si les gens ne sont pas responsables, mais dépendant du milieu, on peut se demander ce que les psychologues peuvent faire pour les aider concrètement.

Un texte révélateur

Laissons parler un psychologue qui révèle une position assez répandue dans la spécialité. Elle a d’ailleurs été reproduite par l’Ordre dans sa revue. L’auteur de l’article qui suit, Jacques Normand, est psychologue et président du syndicat des professionnelles et professionnels du Centre Dollard Cormier. L’article provient de Psychologie Québec, la revue de l’Ordre. Une note rassurait l’auteur sous l’article. Des représentants des syndicats sont déjà invités à la réunion en question à la fin d’octobre.

«Psychologues, chercheurs, gens d’affaires, dirigeants d’entreprises et …syndicats!

Dans l'éditorial de juillet 2002 de Psychologie Québec, la présidente de l'Ordre des psychologues du Québec lance «un appel aux employeurs et aux travailleurs pour qu'ils fassent de la santé mentale au travail une priorité». Cet éditorial évoque plusieurs situations problématiques présentes dans nos milieux de travail : absence d'autonomie, conflits avec les supérieurs, surcharge de travail, etc. Il est fait mention de « la nécessité d'intervenir sur plusieurs plans pour maintenir la santé psychologique des individus et des organisations », précisant qu'il s'agit là d'une « responsabilité sociale et non individuelle». Dans l'esprit de cette démarche, l'Ordre devrait interpeller non seulement les employeurs et les travailleurs, mais également les syndicats qui représentent ces travailleurs et contribuent à la réalisation de ces objectifs.

Une faible autonomie professionnelle associée à de lourdes responsabilités, le déchirement entre se plier à des directives administratives et respecter son éthique professionnelle, diverses formes de harcèlement psychologique, le sentiment général de ne pas être reconnu et de devoir subir des conditions de travail sans disposer du pouvoir d'influencer son environnement, voilà sans doute les principaux facteurs qui contribuent à une détérioration de notre santé mentale au travail.

 Comment résister seul à des contraintes d'une telle ampleur? Alors que les gestionnaires se rencontrent fréquemment et disposent d'une structure hiérarchique favorisant la prise rapide de décisions, les professionnels salariés, quant à eux, passent la plus grande partie de leur temps en tête-à-tête avec leur client ou seuls dans leur bureau, les réunions d'équipe se limitant le plus souvent à des sessions d'information ou à la transmission de directives. Or, sans véritable lieu d'échange et de communication, il s'avère impossible de construire le rapport de force nécessaire pour défendre les valeurs et les intérêts liés à l'exercice de notre profession. Se regrouper, partager avec ses collègues de travail ses réflexions, son analyse et des stratégies de solution ‑s'organiser, en somme ‑, en pratique cela consiste généralement à former un syndicat, à y participer et à se donner le pouvoir et les moyens d'agir sur notre milieu de travail.

Dans le cadre de son Congrès, l'Ordre des psychologues du Québec convie les chercheurs, gens d'affaires, dirigeants d'entreprise et psychologues à réfléchir à des pistes de solution face aux problèmes de santé mentale reliés au travail. Il est désolant de constater l'absence de représentants syndicaux à ce symposium. Ce sont eux, pourtant, qui se battent sur le terrain pour obtenir des conditions de travail satisfaisantes: respect de l'autonomie professionnelle, horaires de travail souples favorisant la conciliation famille-travail, programme d'aide aux employés, défense des travailleurs en difficulté, etc. Dans les milieux professionnels, ce sont eux qui organisent au quotidien la résistance contre les tentatives d'ingérence des gestionnaires dans les champs de pratique clinique (charges de travail excessives, limitation de la fréquence et de la durée des interventions cliniques, multiplication des contrôles bureaucratiques, etc.).

 Souhaitons la présence de ces représentants syndicaux au symposium du 31 octobre, sinon à la tribune, du moins parmi l'assistance. Face à l'ampleur des problèmes, la mise en commun des ressources et la participation de tous sont essentielles.

L’auteur n’accorde beaucoup pas d’importance aux objectifs du milieu de travail qui le paie. Il montre peu de respect pour l’autorité de ses employeur. Il ne semble pas démontrer d’enthousiasme à la tâche. Il démontre même une attitude négative par rapport au travail.

Il offre le point de vue d’un activiste social engagé.  Il imagine des rapports de force entre les patrons et les employés qui sont typiques d’une vision marxiste. L’auteur mélange un peu la défense de tous les travailleurs avec la défense de ceux qui aident des clients dans le secret de leur bureau. Il parle de s’organiser, mais ce n’est pas pour faire la révolution. Il veut simplement de meilleures conditions de travail. L’état marxiste a été offert longtemps un succédané du ciel pour l’éternité. Ce paradis sur terre n’a pas fonctionné. Le prochain compromis dans la quête du bonheur c’est quelques mois à la maisons avec un salaire. C’est moins ambitieux, mais combien plus réaliste. Les plus intéressés mènent la cabale.

Le problème des choix

Les psychologues, du moins les idées des psychologues, ont créé le problème de la dépression. Ils veulent maintenant être payés pour le régler. C’est la tendance de notre époque de s’analyser et les psychologues ont fait leur grosse part en ce sens. La dépression est un effet pervers de cette tendance qui a des effets bénéfiques dans l’ensemble. C'est l'opinion de Seligman qui a déjà été mentionné.

En prenant conscience de sa vie intérieure, on a accordé de l’importance au milieu qui imposait des limites. Les gens ont identifié des irritants dont ils n’avaient pas osé parler avant. Quand les gros irritants sont réglés, on s'attaque aux petits qui deviennent gros.

Pourtant, le succès de nos organisations modernes est de plus en plus basé sur l'engagement de plus en plus de gens. On le voit à la guerre, au travail, en éducation...

Du côté des hommes, Napoléon a instillé le sens de l’honneur à ses soldats, pas seulement aux officiers. Il a parlé de la nation, de la patrie et de l’élan vital. Des soldats motivés peuvent venir à bout d’un ennemi supérieur en nombre. Ils peuvent profiter du terrain. Jusque là, mener des hommes au combat impliquait de les faire avancer sous la menace. Les soldats de Napoléon se sont embusqué dans la forêt comme les indiens du nouveau monde l’ont fait. Les raids en Nouvelle-Angleterre ont été menés par des canadiens qui avaient appris à vivre dans ligne de ravitaillement et à frapper au moment propice.

Le soldat est devenu avec le temps autonome comme un officier l’était autrefois. Il pensait et l’autonomie des officiers d’autrefois a été mise en lumière quand les nazis ont répondu aux accusation de Nuremberg qu’ils suivaient les ordres. Un officier de Frédéric II avait suivi un ordre inapproprié et s’était défendu en invoquant les ordres devant le fils de Frédéric. Le Prince lui a répondu qu’il avait été fait officier parce qu’il devait savoir quand ne pas obéir aux ordres. Cette discrétion nouvelles a permis aux soldats de prendre conscience de leurs dilemmes intérieurs. Ils a été normal de les rendre publics ensuite et d’en discuter. Ainsi, le code de conduite des soldats leur donne maintenant une discrétion qu'ils n'avaient pas autrefois devant des ordres immoraux.

En examinant l’effet pervers du milieu, George Beard, un américain, invente la neurasthénie. La nervosité, les sensations et les instincts sont conditionnés par le milieu. Aller en train à 20 milles par heure taxe certainement nos ressources. On réalise ainsi l’effet de l’inconscient. Les artistes peignent des âmes déchirées par les exigences de l’époque. On commence à penser que chaque individu a des limites qu’il ne faut pas dépasser.

«Ce que le combat pour la vie exige de productivité de la part de l'individu s'est considérablement accru; il ne peut y satisfaire qu'en déployant toutes ses forces intellectuelles; en même temps, les besoins de l'individu se sont élevés, et ses prétentions à jouir de la vie se sont élevées dans tous les milieux; un luxe sans précédent s'est propagé à des couches de la population qu'il ne touchait pas du tout auparavant » Wilhelm Erb

Ce dernier texte ne propose pas une explication de la dépression, mais de la neurasthénie. Il a été cité par Freud en 1908 et le texte date de 1895. A cette époque, les travailleurs des aciéries américaines travaillaient 6 jours par semaine au rythme de 12 heures par jour. Ils produisaient du métal en fusion dans des conditions insalubres. Une fois par semaine, l’horaire changeait et ils faisaient 24 heures de travail d’affilée. Ce sont évidemment les bourgeois comme ceux que Freud traitait qui ont été sensibles à leurs réactions les premiers. Avec le temps, les ouvriers sont devenus plus responsables et ils ont réagi comme des gens riches qui vivent des dilemmes.

Freud va dire que c’est le fait de réduire nos pulsions qui est la cause du problème. Le malade doit apprendre à composer avec ses limites. Nous ressentons de la culpabilité et la névrose est une maladie de la culpabilité. Toutes ces questions mènent la psychiatrie dans des activités qui sont loin de la neurologie, et dans le domaine de l’inconscient, où c’est bien difficile de vérifier quoi que ce soit. L’attitude de la médecine vis-à-vis de la souffrance a totalement changé à partir du moment où on s’est intéressé aux souffrances morales. Il fallait admettre qu’elle existait et dire au patient et à sa famille que ce n’était pas de la folie.

Limiter l'effet pervers

Il faut limiter les effets pervers de cette tendance à voir la dépression partout et à voir des maladies partout. L'amplifier comme les psychologues veulent le faire est catastrophique pour la productivité de la nation. Plus de personnes ont le statut de lésé psychologique, plus des psychologues cliniciens trouvent du travail. En échange d’un stigmate qu’on pardonne de plus en plus facilement quand plusieurs employés ont eu le même mal, la dépression permet aux ouvriers de trouver le bonheur temporaire. Généralement, le traitement de la dépression s’accompagne d’une prescription qui améliore l’humeur. En fait, la dépression peut même être masquée et c'est seulement si le médicament fait effet qu'on sait que c'est une véritable dépression.

Plus de personnes ont le statut de lésé psychologique, plus c’est tentant de le réclamer et d’ajuster ses idées et sa pensée pour correspondre au modèle qui donne droit au bénéfice. Plus les psychologues sont dans le décor, plus ils vont continuer de créer en sous-main le problème qu’ils traitent et qui prend ensuite une existence autonome. Si le problème est sérieux, il faut cesser de le causer à la source en faisant appel à la facilité et en promettant le bonheur sur la terre.

De bonnes conditions de travail, un généreux plan de pension et la sécurité d’emploi n’éliminent pas le problème, au contraire. C’est même dans les milieux où la sécurité d’emploi est très bonne qu’on voit de plus en plus de gens se plaindre de ce mal diffus et bien difficile à démontrer au plan médical. Pour des gens de psychologie, il existe. Cependant, la loi des accidents du travail est faite pour les accidents et nous y reviendrons.

Un point de vue différent

Pour des experts du travail axés sur la performance, les gens qui ne peuvent faire face aux difficultés du travail ne font pas leur travail. Il faut régler ces situations autrement qu’en les excusant et en victimisant les gens, ce qui mine leurs capacités au lieu de les améliorer. Il y a bien des possibilités et amalgamer les cas dans des catégories n’aide en rien. C’est même une façon de cacher la réalité qui est difficile, mais généralement assez simple.

Deux visions différentes s’affrontent ici. Les experts du travail sont assiégés dans leur fief par des cliniciens qui veulent imposer leur vision négative au monde du travail.. Ils font miroiter aux employés qui ont déjà une bonne sécurité d’emploi quelque chose de bien attirant. Ils cherchent le soutien des syndicats qui ont pour mission traditionnelle de réclamer de meilleures conditions de travail. Ce sont des alliés naturels au niveau des idées et les syndicats aident aussi les employés à parcourir les dédales administratifs quand ils ont des accidents.

Pour tous les gens soucieux de la productivité et de notre niveau de vie, sans parler de notre moral, ces bénéfices coûtent cher. Ils vont créer une épidémie de dépression qui minera les bases de notre économie.

Une maladie professionnelle

Si vous avez travaillé 20 ans dans une usine d’amiante et que vous toussez, c’est facile de conclure que votre problème est dû au travail. Tant qu’il faut démontrer l’accident, chaque cas est complexe et difficile. C’est pourquoi le mouvement se dessine pour en faire une maladie patentée. Voyons la Loi et l’approche prise pour créer une maladie.

Du problème du point de vue médical, la difficulté à démontrer la lésion relève surtout du caractère très diffus des troubles psychologiques en question.n accident de travail est un événement imprévu et soudain attribuable à toute cause, survenant à une personne par le fait ou à l'occasion de son travail et qui entraîne pour elle une lésion professionnelle.

Il n’y a pas d'événement imprévu et soudain. Qu'à cela ne tienne, on peut imaginer que de petits incidents anodins de la vie de travail ont un effet semblable à l'accumulation de micro-traumatismes physiques. Comme dans le cas des caissières d’épicerie ou le joueur de tennis qui répètent des milliers de fois le même geste avec le même bras,

La logique du micro-traumatisme psychologique et les exemples des nombreux autres cas de dépression pourrait permettre d’obtenir le statut de maladie du travail. Si le statut de la maladie est reconnu, les travailleurs ont le bénéfice du doute. Le site internet de la Faculté des relations industrielles de l’Université Laval présente la jurisprudence et les principes légaux de la Loi des accidents de travail au sujet des troubles psychologiques. Ce qui suit en provient:

«Ces réclamations, même s'il est question de troubles psychologiques, sont généralement admises en tant qu'accidents du travail plutôt qu'à titre de maladies professionnelles. En effet, une maladie professionnelle nécessite que le travail réalisé déclenche directement ce problème de santé et qu'à de nombreuses reprises d'autres personnes occupant cet emploi contractent la maladie. À l'inverse, la définition de l'accident de travail en vertu de l'article 2 de la Loi sur les accidents de travail et les maladies professionnelles (LATMP) permet plus de latitude, entre autres, pour la lésion de nature psychologique attribuable à la violence en milieu de travail.

De plus, la jurisprudence québécoise sur les blessures causées par des accidents de travail ou encore des maladies professionnelles de travail, ne couvre que la lésion physique. Elle ne peut évidemment s'appliquer aux lésions psychologiques.

Comment faire une maladie ?

On établit généralement les maladies industrielles grâce à une preuve épidémiologique. Le nombre des cas constitue en soi le signe qu’il y a un problème dans une industrie. Dire qu’il y a beaucoup de gens déprimés démontre qu’il y a un problème. Chaque problème a une cause spécifique, mais pour la preuve épidémiologique ces détails sont ennuyants.

Si on assimile toutes sortes de problèmes de la vie à la dépression, elle devient une entité médicale et elle peut devenir une réalité sociale. Des chercheurs en psychologie ont identifié depuis quelques années des problèmes comme la violence psychologique au travail. Des relations de cause à effet entre ces variables ont été établies sur des groupes. Par déduction, on peut ensuite identifier des victimes facilement.

Seulement un médecin peut statuer sur une question de santé, même sur un cas de santé mentale. La loi impose donc une vision médicale aux psychologues. La psychiatrie propose une pensée calquée sur la médecine générale et cette façon de voir est différente de celle de la psychologie. Sydenham (1624-1689) a appliqué en médecine l’idée de classifier les maladies comme des entités indépendantes du malade. Les médecins supposent depuis cette époque qu’il y a des maladies distinctes et que chaque maladie a une nature différente comme les espèces animales et végétales.

Les symptômes permettent d’identifier la maladie. Par exemple, un patient présente un ensemble de symptômes. Une fois la maladie identifiée, on peut donner le bon traitement.

En théorie, la maladie est indépendante du malade et des influences qui ne relèvent pas de la biologie. La médecine a pris du temps pour bannir les mauvais sorts, les influences des dieux et la magie. Elle a tellement bien réussi que c’est maintenant possible de réintroduire ces forces occultes sans que personne ne le réalise.

Des processus sociaux

"L'intérêt que j'ai à croire une chose n'est pas une preuve de l'existence de cette chose." Voltaire, Lettres philosophiques, XXV.

Des processus sociaux sont à l’œuvre dans le cas des maladies et cela comprend les maladies mentales. Quand on colle une étiquette négative sur une personne, elle devient souvent la maladie et seulement la maladie. Un individu qui souffrait de consomption en 1900 était «un consomption» et le reste ne comptait plus. Quand la cause de la maladie est inconnue, la peur de la contamination demeure. En psychiatrie, le fou était stigmatisé socialement il n’y a pas longtemps. Pourtant, les malades mentaux font certaines choses bien.

Une des raisons de fermer les institutions psychiatriques était le préjudice qui collait aux gens qui étaient passés par ces institutions. Il faut une étiquette psychiatrique pour médicaliser la maladie aux yeux de l’administration, mais il faut aussi en minimiser le stigmate auprès de la population. Si nous sommes tous plus ou moins des malades mentaux, les déprimés ne sont pas dangereux.

Nous attribuons à nos efforts ce qui nous arrive bien plus facilement que nous attribuons à notre faute nos problèmes. Les causes ne manquent pas souvent. Un professionnel devrait se demander si le travail est vraiment la cause d'une dépression. Ét si au lieu d'être causée par le travail et des difficultés de la vie, la dépression causait ces problèmes? Se peut-il que la cause et l'effet soient inversés? Les gens qui croient dans l'importance de l'effort et qui supposent que les individus peuvent changer leur milieu vont dire que oui.

 La passivité du public

Pour que la dépression devienne une maladie, il faut aussi décourager le public et les politiciens de s’en mêler; les convaincre que c’est trop compliqué. Il faut que les experts monopolisent le débat; donc le compliquer un peu. C'est vraiment important car accompagner le client malade de la dépression ne semble pas demander des compétences spécifiques. La plus grande difficulté c'est que ce n'est pas intéressant ; plutôt déprimant même.

Il y a des questions qui font peur et d’autres qui soulèvent trop les passions. Il y a des problèmes importants qui sont peu intéressants, très compliqués, controversés ou trop flous pour en débattre avec panache en chambre. On peut laisser ces questions importantes à des spécialistes. En échange d’un statut important, des sous et de beaucoup de liberté pour opérer en secret, ils peuvent rassurer la population qui aime savoir que quelqu’un s’occupe de ces sujets explosifs. Autrefois, les prêtres s’occupaient de ces problèmes. Maintenant, ce sont des professionnels.

Galbraith (1981) a décrit comment la politique étrangère des Etats-Unis a été longtemps déléguée à ce type d’experts. Il a aussi montré comment ce fût un désastre. L’économie est devenue politique à un moment donné. Je voudrais convaincre les politiciens qu’ils doivent s’intéresser au caractère des citoyens.

Pour contrer cette stratégie, il faut inventer la psychologie politique. Il faut empêcher quelques petits groupes d’experts de faire voter des lois qui vont leur assurer du travail, mais nuire à notre capacité de compétitionner au plan économique. Comme l’approche négative des psychologues en cause provient des médecins et que les médecins jouent un rôle privilégié dans les accidents de travail, il faut comprendre le point de vue médical, l'importance de la médecine et son évolution.

Traitons pour le moment du fait que la loi des accidents de travail propose une logique médicale. Nous reviendrons plus loin sur l’évolution de la logique médicale, celle de la psychologie et ce que les psychologues sont prêts à faire pour une bonne job. Galbraith décrit aussi dans The New Industrial State comment les grandes entreprises ne peuvent fonctionner dans un environnement trop instable. Elles doivent parvenir à obtenir des lois favorables à leurs activités et contenir les projets de réglementation défavorables. Le marketing des psychologues semblent avoir atteint ce niveau de sophistication.

Le statut de la médecine

Le statut des médecins est très bon, mais c’est nouveau. Vers 1486, et pour 200 ans, après la publication de Malleus Maleficarum, les médecins ne pouvaient pas grand chose pour les femmes accusées de sorcellerie.

C’est vers 1900 que la médecine est devenue digne des universités aux Etats-Unis. Par exemple, au XIXème siècle, le Prince de Galles a eu la typhoïde et un programme national de prières a été organisé par l’Église d’Angleterre et le gouvernement. Il a guéri et une journée national a été décrétée pour rendre grâce à Dieu. Un grand service a été tenu dans la cathédrale St-Paul. Seulement 12 médecins ont été invités et il n’a pas été fait mention de leurs efforts. Il y a eu 1500 membres du clergé à cette cérémonie, ce qui indique l’estime dans lequel on  tenait les médecins à ce moment. La seringue, l’asepsie et les médicaments ont changé leur statut. Depuis, ils ont appris à utiliser les chimistes, les infirmières, les ingénieurs et bien d’autres professionnels pour améliorer leur autorité.

Francis Galton (1872). Les souverains pour lesquels on priait beaucoup vivaient moins longtemps que les médecins, les avocats, les aristocrates et même les officiers militaires. Depuis, l’efficacité de la médecine a fait de grands pas et le statut des prêcheurs a diminué.

Les aliénistes s’occupaient des malades mentaux et ils ont proposé des approches humaines. Ils ont cessé les visites du dimanche pour aller voir les fous comme les animaux dans un zoo. La notion de lésion psychologique date du temps où les psychiatres ont collé aux basques des neurologues, de 1850 à 1900. Il faut bien se donner de l’autorité. Les asiles n’avaient pas bonne réputation et c’est seulement parce qu’elle était officiellement une sous-spécialité de la neurologie que la psychiatrie avait un lien avec la médecine.

Par la suite, ils ont pris leurs distances des neurologues. Ils ont eu un premier traitement, les électrochocs, vers 1930. Ensuite les neuroleptiques sont venus en 1953 et ils ont pu parler de traitement. Avant il n’en était pas question.

Alain Ehrenberg raconte dans les détails cette évolution et les psychologues sont entrés dans le décor quand la psychiatrie a approuvé les phénomènes psychologiques. La psychologie clinique a adopté le modèle négatif des psychiatres malgré que des objectifs plus positifs sont disponibles.

 La psychologie et la psychiatrie

Les psychiatres ont profité des psychologues en psychiatrie, mais les psychologues ont aussi adopté leur point de vue. Lorsque les neuroleptiques et les anti-dépresseurs ont été découverts, entre 1950 et 1960, la psychiatrie a été bouleversée. Le premier effet a été de la rendre crédible la psychiatrie auprès des généralistes.

 On supposait que les maladies mentales étaient dues à une lésion neurologique. Ces lésions n’étaient pas identifiées, mais elles devaient exister.

On cherchait tant bien que mal depuis 1930, avec les électrochocs et les autres thérapies de choc, à réorganiser la personnalité. On avait eu des résultats avec ces traitements et c’était un espoir pour cette spécialité qui avait bien mauvaise réputation. Avec l’apparition des neuroleptiques, l’espoir de guérir a été permis et les médecins ont tous eus à étudier les molécules miracles.

Mais, les molécules ne suffisaient pas. Elles permettaient seulement de permettre un traitement psychologique. Les psychiatres ont fait leur part, mais les psychologues sont entrés dans le décor puisque leur approche était reconnue. Ils ont pris une place qui devenait importante. Actuellement, si les médecins généralistes font le diagnostic et prescrivent les médicaments, les psychologues entreront en action dans les cas de dépression pour faire le traitement.

Les médecins identifient la dépression et lui attribuent vaguement une cause. La maladie et sa cause ne changent rien à l'acte du médecin. Il permet cependant d'identifier qui va s'occuper du client. En ne définissant pas la cause du phénomène. En disant simplement que c'est psychologique, la magie des mots permet aux psychologues de ramasser la référence. Une cause non définie devient la solution. Si le médecin fait son travail le plus facilement possible, les psychologues vont s'occuper. Ils vont aussi lui rendre l'ascenseur en expliquant qu'il a bien fait.

 Mélanger deux façons de penser

Si les psychologues peuvent penser comme des médecins et fournir des preuves épidémiologiques, ils peuvent établir une maladie professionnelle et mériter du même coup la tâche de prévenir et de guérir la maladie. A défaut de la Castonguette, l'appareil pour facturer l'assurance-maladie qu'ils envient aux médecins, c’est enviable.

En appliquant la pensée médicale et psychiatrique à des situations vécues au travail, on veut les redéfinir et plaindre les pauvres victimes du travail sans faire peur au monde. L’individu est expliqué par les forces externes et puissantes et ce qu’il est comme individu et ce qu’il vit ne compte pas. Les psychologues sont supposés comprendre les gens, mais pour obtenir le client il faut faire de la sociologie et de la médecine. Ce mélange de deux formes de pensée est visible dans le test Myers-Briggs. Les gens moyens deviennent des extrêmes.

Comment modifier des attitudes ?

Démontrer les premières maladies professionnelles comme l’amiantose n’a pas été facile, mais il y a maintenant des normes en place pour juger les autres maladies. Démontrer les premières maladies professionnelles comme l’amiantose n’a pas été facile, mais il y a maintenant des normes en place pour juger les autres maladies. Avec des idées provenant de la psychologie, de la psychiatrie, du jargon médical défini par la Loi, des notions de Droit spécialisé dans les accidents de travail et des arguments provenant des défendeurs des accidentés du travail, on peut monter une preuve équivalente à une preuve épidémiologique.X

Pour faire une preuve épidémiologique, tous les lésés psychologiques doivent devenir des victimes du même mal. Les caractéristiques propres à chaque personne doivent être mises de côté.  Les psychologues savent que c’est possible de modifier ainsi la perception d’une situation. Le truc a été bien expliqué par Gerhart Saenger qui débute son premier chapitre sur la psychologie sociale du préjudice en expliquant comment évaluer la personne comme membre d’un groupe inférieur, plutôt que comme individu.

C’est le raisonnement le plus fondamental pour créer un préjudice. Saenger donne l’exemple du raisonnement suivant au tout début de son livre. «Sidney Levy est une bonne personne. Personnellement, je n’aurais pas d’objection à ce qu’il joigne notre club. Mais vous savez comment c’est. C’est certain qu’il est juif et, par principe, nous n’acceptons pas les juifs parmi nos membres…C’est certain qu’il semble gentil, mais vous ne savez jamais avec eux. Tôt ou tard, leur nature véritable remonte en surface. De plus, si nous l’acceptons, il pourra inviter ses amis juifs  et, avant longtemps, nous serons envahis par tous des sales juifs (des kikes en anglais?).»

Avec ce type de raisonnement qui assimile la personne à un groupe, on peut forger et disséminer des préjudices et discriminer. Les psychologues sont des gens biens. Ils sont contre les préjudices. Par contre, le même truc permet de faire l’inverse et de créer des perceptions favorables pour tous les membres d’un groupe. Les psychologues n’accusent pas ouvertement les patrons de brimer les travailleurs comme d’autres l’ont fait. Ils les excusent même et s’offrent pour les aider comme les autres.

Les études de psychologie sociale des années 1950 ont montré que des gens étaient plus sensibles à ce genre d’arguments. On a cherché à comprendre que les nazis pouvaient faire fonctionner les chambres à gaz avec des gens ordinaires. La réponse a été que les gens faibles qui s’identifient à une autorité, une institution ou un furheur, peuvent s’affirmer en distinguant clairement les bons et les méchants. C’est la définition de la personnalité autoritaire. Le pouvoir a eu mauvaise presse depuis ce moment (Adorno 1953).

Les études de psychologie sociale démontrent que le sens que nous donnons à nos émotions veut varier beaucoup. A force d'inventer des réactions psychologiques, de leur donner de l'importance et d'accepter facilement des causes externes faciles, on crée une épidémie de la dépression. Pierre-Henri Castel dans "La dépression est-elle encore une affection de l'esprit" affirme.

Penser avec des catégories

Pour s’ajuster aux exigences de la pensée médicale, les psychologues oublient donc les détails de la situation propre au malade et se centrent sur un ensemble de symptômes. Quand on oublie les détails d’une situation difficile au travail, on fait des catégories avec les gens. Par exemple, il y a les travailleurs et les patrons. Cette catégorie est classique dans une des grandes idéologies du XXème siècle, le marxisme. Les psychologues défendent les victimes en tout genre et quand il y a des victimes, il y a des bourreaux.

On peut oublier facilement que les patrons ont souvent été des travailleurs avant et que certains travailleurs sont aussi des patrons la fin de semaine. Ce faisant, les psychologues cessent de parler des individus et ils parlent de groupes de gens comme ceux qui ont des préjudices. Ce n’est pas nouveau en psychologie. La méthode expérimentale fait cela très bien depuis longtemps dans le but d’établir des relations causales objectives. Les experts du D.O., le développement organisationnel, proposent des explications générales du comportement au travail. Ils font aussi des interventions au niveau de la direction des organisations.

Par exemple, ils parlent de violence psychologique au travail et des moyens concrets de la prévenir. Bien des théoriciens de la psychologie ne proposent pas des théories pour un milieu social particulier. En fait, plusieurs chercheurs ne se sentent pas concernés par le besoin de guider les humains dans leurs relations avec les autres.

Pour un psychologue scientifique, les différences individuelles sont du bruit expérimental, une nuisance. Il n’essaie même pas de comprendre les personnes et de les expliquer. Une combinaison savante de preuves expérimentales selon les canons de l’approche médicale peut donc permettre aux psychologues de se tailler une place dans le monde des maladies du travail. Les cliniciens peuvent donc profiter des études des chercheurs qui servent de preuve épidémiologique et ceci crée des catégories.

Les catégories sociales

Un autre expert des catégories est Karl Marx. Il est sociologue ou philosophe, mais pas psychologue. Voyez les catégories de Marx. Les patrons et les travailleurs sont des catégories célèbres. Ses prédictions ont un aspect très contemporain. On peut avoir une vision pessimiste du travail moderne, mais il y a aussi une vision optimiste et la vision optimiste voit d’un œil favorable l’autonomie des personnes.

Pour faire de la psychologie, il faut étudier les personnes, pas des catégories. Dans les sociétés primitives, le sorcier traite les corps aussi bien que les âmes. Il n’y a pas dans ce contexte des personnes au sens où nous l’entendons. Cette autonomie des personnes, cette individualisation selon Jung, a permis des organisations du travail différentes et plus efficaces. Les gens qui désirent se réaliser au travail ont donc gagné en liberté et les entreprises en efficacité. Cette norme sociale ne convient pas à tous. Il y a bien des gens à qui ce nouveau régime ne convient pas ou ne convient plus. Ils peuvent chercher leur bonheur en dehors du travail et se contenter d’un travail alimentaire. Ils peuvent aussi chercher à dépendre d’une organisation comme c’était la norme autrefois.

Certains qui ont un travail et que le travail ne motive plus veulent le beurre et l’argent du beurre. Il se peut que des psychologues proposent que l’autonomie dont parle Charles Taylor, un philosophe, et qui sied bien aux personnes les plus ajustées au travail actuellement, est à revoir pour d’autres. Si les gens sont dépendants de façon traditionnelle, ils ne devraient pas déprimer selon le modèle de M.E.P. Seligman. Des psychologues doivent utiliser les catégories pour comprendre la personne, mais rester aux catégories n’est pas de la psychologie.

Sortir de la magie

Il y a des catégories magiques qui durent en médecine. La lésion psychologique en est une. Les sorciers et les prêtres utilisaient des catégories.

Pour en finir avec les prêtres, il faut sortir de la magie. Très tôt, la médecine a été divisée d’une façon qui fait encore du sens. Alexanger et Selesnick, deux psychiatres et psychanalystes, dans une histoire de la psychiatre indiquent que la Perse antique avait des médecins du couteau, des médecins des herbes et des médecins de la parole (knife doctor, herb doctor and word doctor, p.24). Les médecins de la parole avaient pour fonction d’aider les gens avec les problèmes de l’âme. Dans toutes les sociétés traditionnelles, les solutions aux problèmes de l’âme étaient toutes faites d’avance. Le rôle des individus déterminait ce qu’ils devaient faire. Ce que les individus en pensaient n’était pas important. Ils n’avaient pas beaucoup l’occasion de le faire non plus.

Parmi les médecins, s’occuper des âmes était la tâche la plus prestigieuse. Au temps du malade imaginaire de Molière, les médecins dédaignaient encore la chirurgie et la laissaient aux barbiers-chirurgiens. Les philosophes grecs ne s’intéressaient pas aux techniques non plus. Il faut apprécier ici que si les médecins collaborent avec les psychologues pour les accidents de travail reliés à des dépressions, ils vont jouer le rôle le plus technique et le plus efficace.

Les médecins des mots ont dû composer avec les prêtres quand ces deux activités sont devenues séparées. Avec le temps, les médecins du couteau et ceux qui proposaient des potions ont proposé des solutions de plus en plus efficaces. Ils ont rogné sur l’empire des phénomènes inexpliqués. Au Moyen-Âge, quand les bénédictins de la Sainte-Inquisition ont pensé que le diable avait envahi des femmes, les médecins ne pouvaient pas grand chose pour ces pauvres femmes. Les prêtres ont perdu leur autorité, mais le rôle est attirant.

Hippocrate a été le premier à proposer une médecine qui tentait de tout expliquer par des causes naturelles. Par exemple, la mélancolie était expliquée par une accumulation de mauvaise bile et il pensait que l’épilepsie était due à un problème au cerveau, pas à la possession du démon. Il a aussi proposé un modèle de la personnalité au sujet duquel Hans Eysenck a dit de bons mots 2000 ans plus tard. Hippocrate disait aussi que la nature guérit le malade et que le médecin est seulement un assistant.

 Le diagnostic

Déjà les grecs de l’école rivale d’Hippocrate, celle de Cnidos, cherchaient à diagnostiquer les maladies. Le succès dans ce domaine est venu bien plus tard grâce à Sydenham (1624-1689) qui a proposé la pensée médicale actuelle.

Rudolf Jacob Camerarius (1665-1721) avait montré que les plantes avaient un sexe et c’était une découverte très étonnante. Karl Linnée a réussi à faire un bon système pour classifier les plantes à partir de leurs caractéristiques. Le monde en a été ordonné. Il y avait des espèces qui se reproduisaient entre elles, des maris et des femmes, plutôt que des pistils et des étamines comme nous le disons maintenant. Les plantes étaient classifiées selon le nombre de pistils et d'étamines. Il y avait des relations monogames, bigames... qui vont choquer plus tard. Il imaginait cependant presque toujours un mariage.

Sydenham (1624-1689) a calqué pour la médecine l’idée de classifier les maladies comme des entités indépendantes du malade. Les médecins supposent depuis cette époque qu’il y a des maladies distinctes et que chaque maladie a une nature différente comme les espèces animales et végétales. Les symptômes permettent d’identifier la maladie. Par exemple, un patient à un ensemble de symptômes et on a assimilé les maladies à cet ensemble. En théorie, la maladie est indépendante du malade, mais quand on colle une étiquette négative sur une personne, elle devient la maladie et seulement la maladie. Un individu qui souffrait de consomption en 1900 était «un consomption» et le reste ne comptait plus.

Le symptôme n’est donc pas propre au malade, mais causée par quelque chose d’externe, par une intrusion, comme l’explique Millon. La maladie entre dans le corps comme une épée, mais la cause est claire quand c’est une épée. Avec le temps bien des maladies sont devenues claires. Avec le temps, la psychiatrie ne conserva dans son empire que les problèmes mal définis. Ceux qui n’ont pas été élucidés par les médecins des herbes ou ceux qui jouent du couteau. A un moment donné, les prêtres ont laissé le champ libre. La différence entre les techniques et les traitements par les mots est devenue bien claire. Les idées de la psychologie ont remplacé celle des prêtres, mais disséminer des idées ne demande pas beaucoup de main d’œuvre. Actuellement, les psychologues veulent ce domaine des maux mal définis et le plus mal défini est la dépression. Ils veulent jouer les prêtres.

Identifier et guérir

Le but d’identifier les maladies est de proposer le bon traitement. Les psychiatres psychanalystes ont toujours le même traitement. A quoi bon définir la maladie dans ce cas? 85% des cas de psychiatrie ont ce qu’il faut pour mériter plus d’une étiquette. Que faire dans ce cas? La psychiatrie suit donc le modèle de la médecine générale, mais c’est fascinant de constater qu’elle commence tout juste à proposer un traitement qui correspond à la maladie dans le cas des maladies mentales.

En 1999, Theodore Millon, un psychologue, a publié “Personality Guided Therapy” dans lequel il propose de traiter les maladies mentales en tenant compte de la maladie. Remarquez bien la date. Il n’est pas encore vraiment question de tenir compte de la personne comme les spécialistes du travail peuvent le faire depuis 20-30 ans.

La pauvreté des diagnostiques et des traitements en psychiatrie va, par contre, permettre de médicaliser beaucoup d’activités. Les psychologues cliniciens qui ont adopté la perspective médicale ont adopté une approche beaucoup moins efficace que celle des praticiens de l’évaluation en milieu de travail. Si la compétence est un bon critère pour déterminer qui doit faire un travail, il suffira de montrer les limites de l’approche médicale pour régler l’affaire.

Au delà de l’intrusion

Theodore Millon a proposé que les sciences doivent intégrer des objectifs variés et un système qui explique les dimensions importantes de la personnalité à partir de l’évolution[13]. Il a un site internet officiel

Le modèle de l’intrusion de la loi des accidents de travail est dépassé en médecine et en psychiatrie. Voyons le cas de la psychiatrie. Millon a obtenu son doctorat dans le domaine de la personnalité et de la psychologie sociale en 1953. En 1970, il dirigeait un département de psychologie qui formait des psychologues et des psychiatres. Il a dirigé ensuite un groupe qui a mis en place la version III du DSM en 1974. Il n’a pas eu autant d’influence sur la version IV de 1986, mais il a développé parallèlement des instruments de mesure psychométrique qui permettent de quantifier les maladies mentales. Ses instruments sont faits pour des populations spécifiques, y-compris les gens dit normaux. Il a continué d’avoir beaucoup d’impact sur la psychiatrie grâce à ses outils.

 Il est devenu professeur visiteur permanent en médecine à Harvard en 1986. Il a ainsi continué de supporter la psychiatrie. Il a aussi reconnu le besoin de faire de la psychologie plus positive avant tous les autres. En 1977, il a établi une formation en santé psychologique à l’université de Miami. Son dernier livre, Masters of the Minds a été publié par l’American Psychological Association. Il a donc des appuis solides dans les deux APA, la Psychological et la Psychiatric.

Cette page offre l'image suivante et une explication du rôle de la personnalité en psychatrie.

 

Tableau 1. Les axes du système DSM selon T. Million.(de WWW.million.net)

Un texte accompagne cette image. Il explique comment la médecine a évolue et va continuer de le faire au-delà du modèle intrusif. Un rôle clef dans les maladies est celui du système immunitaire. Il y a des maladies qui sont dues à des réactions intempestives du système immunitaires, les allergies. En général, il est efficace et il faut en tenir compte. Million compare le système immunitaire à la personnalité. L’individu a des réactions qui lui sont spécifiques et il faut les comprendre pour comprendre la maladie. Le modèle intrusif est donc dépassé en médecine. La médecine doit copier le modèle de la psychologie différentielle qui tient compte des particularités de l’individu. Il faut tenir compte de la compétence du corps à réagir. Il faut tenir compte des différences individuelles et aussi des conditions dans lesquelles l’intrusion a lieu.

Si les médecins vont dans cette direction, on peut espérer que les psychologues vont accorder un peu d’importance aux bonnes idées de la psychologie. Peut-on espérer qu’ils les adoptent au moins au même rythme que les médecins?

Il spécifie précisément que ce n’est pas l’anxiété, la dépression ou le stresseur qui est la clef du bien-être. C’est la personnalité de l’individu qui l’est. Dans tous les arguments des psychologues cliniciens, il n’est jamais question des caractéristiques des individus. C’est à se demander s’ils font de la psychologie.

Tout cela veut dire que la psychiatrie évolue enfin vers une approche plus sophistiquée, une approche que les psychologues du travail mettent en pratique depuis longtemps, C’est stupide de retourner en arrière, sauf si son travail est en jeu. Les psychologues aimeraient avoir l'autorité de faire des diagnostic médicaux. S'ils se contentent d'assister les psychiatres et les médecins, ils pourront gagner du travail, mais pas imposer leurs bonnes idées.

La fatigue d'être soi

Alain Erhenberg (1998) dans La fatigue d’être soi, Dépression et société, montre comment la psychiatrie et la psychologie se sont adaptées et ont influencé à la nouvelle réalité sociale. La psychologie favorise l’individualisation et l’autorité en a pris pour son rhume depuis 50 ans. Nous avons le devoir d’être dynamiques, différents. Nous devons être autonomes et nous avons droit à la différence. C’est chic, mais cela complique aussi les choses si on tente de mettre tout le monde dans le même sac.

«La dépression décline aujourdhui les différentes facettes du malheur intime. Au cours des années 1940, elle n’est qu'un syndrome repérable dans la plupart des maladies mentales et ne fait l’objet d'aucune attention dans nos sociétés. En 1970, la psychiatrie montre, chiffres à l'appui, qu'elle est le trouble mental le plus répandu dans le monde, tandis que les psychanalystes perçoivent une nette croissance des déprimés parmi leur clientèle.» Cette maladie n’est pas une découverte, c’est une invention qui correspond à notre réalité sociale.

Il faut maintenant activement s’affirmer, se définir, se présenter et se perfectionner... De là, la fatigue d’être soi. Des gens qui pouvaient très bien suivre le rythme et le groupe dans une société traditionnelle n’en peuvent plus de se réinventer et de suivre le rythme du changement tout seuls.

C’est donc la révolution culturelle des années 1960 qui a poussé dans ce sens. Si le respect de l’autorité est passé de mode, nous devons aux idées comme celles d’Adorno qui fustigeait la personnalité autoritaire. La culpabilité ne cause plus la maladie à la mode, mais la fatique d’être soi a pris la relève.

De façon générale, pour des raisons variées incluant les excès autoritaires du nazisme , les patrons ne veulent plus ouvertement exercer du pouvoir. Ils sont maintenant des coachs. Ils n’oseront pas s’opposer à cette emprise d’une idéologie médicale bien articulée qui mine leurs droits de gérance. Il y a aussi dans les entreprises des spécialistes en ressources humains qui ont des attitudes fort bienveillantes semblables à celles de psychologues. Ils vont convaincre leurs supérieurs que les frais reliés à la dépression sont des coûts normaux quand on fait des affaires.

Vive les perruques

Charles Wilson, un professeur d’histoire moderne de Cambridge propose que «Derrière les abstractions des économistes ou des sociologues, il y a l’expériences de vraies personnes qui demandent une compréhension sympathique aussi bien qu’une recherche analytique. Un des dangers de l’histoire économique c’est qu’elle peut trop facilement être écrite en termes impersonnels: de vraies personnes ne semblent pas y jouer de rôle. Un des dangers de l’histoire sociale, c’est qu’elle se concentre sur des catégories plutôt que sur des gens en chair et en os(p.vii)

Les gens ne sont pas seulement des pantins qui font la girouette au gré des vents. Les psychologues doivent accorder de l'importance aux personnes et promouvoir leur autonomie. Sinon, la psychologie disparaît. Il faut laisser aux gens le pouvoir de régler leurs difficultés autant que possible. Les psychologues doivent proposer que les gens sont importants et capables, au travail comme ailleurs.

L’histoire des sciences et l’histoire des sociétés peuvent insister sur la raison et des grands hommes qui ont proposé des idées. Thomas Leahy (2000) dans la cinquième édition de son Histoire de la psychologie (à la page 39) montre comment cette vision de l’histoire s’oppose à une vision qui insiste sur les pressions sociales, le milieu au dépend des personnes. Il appelle l’histoire des perruques cette forme qui insiste sur les individus. De son côté, le philosophe Hegel a dit que c’est l’esprit d’une époque et la course du développement des sociétés qui font l’histoire.

Les causes générales de dépression

Quand des gens ont une lésion psychologique, on invoque généralement une explication externe comme la pression du milieu de travail, des conflits du milieu ou la charge de travail, pour expliquer une réaction psychologique. On cherche souvent des explications qu’on applique à de grandes catégories de personnes et ces explications sont des phénomènes présents dans leur milieu.

Rarement on explique une pression particulière sur une personne en particulier. On ne fait pas de différences entre les personnes et entre les causes uniques de chaque plainte. On suppose encore moins souvent que la dépression est le début de la réaction en chaîne et qu'elle est la cause.

Tout ceci permet de faire des règles générales à partir de cas particulier qui deviennent vite des cas d’espèces. Ainsi, des lésions psychologiques, un problème individuel et psychologique selon notre vision des choses, deviennent un problème du travail et un problème social standardisé qui exige des solutions au niveau politique. On fait donc passer au niveau politique des problèmes particuliers de la vie qui sont différents pour chacun et privés.

On le fait généralement en proposant que le travail est le terrain pour définir des réactions qui sont différentes chez chacun. On envahit ainsi la sphère du contrat privé entre un employé et son patron. C’est plus facile à faire dans le cas des employés de la fonction publique où la sécurité d’emploi existe et où l’imputabilité n’est pas grande au départ.

Longtemps les penseurs avec une vision communautaire ont regretté que les entreprises capitalistes favorisent une privatisation des profits et une socialisation des pertes. Ici, on crée des pertes et on les socialise du même coup. C’est juste parce que personne ne semble faire de profits. On peut accuser les méchants capitalistes de viser un coup d’argent, mais une classe sociale d’experts se crée dans le processus et peut en tirer bénéfice. Nous ne savons pas encore qui, mais les pions se placent..

On peut espérer que des psychologues vont faire plus de place aux gens que les économistes et les sociologues.

 Le sens du travail

Le travail peut être vu positivement et le travail devrait avoir une connotation morale positive. Il est devenu très productif et moins exigeant physiquement. C’est devenu plus qu’une activité productive. C’est une notion pour référer à des groupes de gens et redéfinir la réalité sociale.

Le travail est devenu le moyen de taxer et aussi de distribuer la richesse avec l’impôt progressifs. Il permet d’accumuler une rente et il a une fin. Mourir au travail est dépassé.

Reprenons certains éléments historique qui insistent sur cet aspect positif du travail. Continuer de voir le travailleur comme un incapable, un pauvre exploité par de riches patrons qui doit travailler pour manger n’a plus beaucoup de sens.

Il faut que les gens règlent leurs problèmes de la vie au travail parce que c’est important pour leur développement. Chez les Grecs, le travail était pour les esclaves et une honte pour un citoyen. Il fallait le rappeler à certains qui aimaient travailler. Le travail a donc connu des hauts et des bas historiquement. Comme valeur définissant les individus, chacun a une position.

La vague de fond c’est que le travail est donc devenu quelque chose de noble et de central dans la société et le travail est devenu moins exigeant physiquement. De plus en plus d’emplois font appel à des capacités intellectuelles abstraites. Les emplois exigent aussi plus d’autonomie pour décider et juger. Nous travaillons moins que nos grands parents et moins physiquement, mais il faut maintenant montrer plus d’initiative. Les employés ont la confiance des patrons et ils doivent être des entrepreneurs. Ce changement défie les prédictions marxistes.

Nous avons des tâches plus stimulantes, moins dangereuses et dans des milieux où les gens sont en général plus respectés. Ces meilleures conditions de travail nous permettent de vivre mieux et elles sont des pré-requis pour que des besoins «supérieurs» se manifestent.

Vers 1960, on a commencé à parler de la société des loisirs et bien des gens font maintenant du travail alimentaire par choix. Ils occupent un emploi, mais cet emploi n’a pas de sens et ils acceptent cette réalité. Par exemple, des gens occupent un emploi bien payé, mais sans intérêt. D’autres choisissent des postes qui ont du sens dans des organismes communautaires qui paient mal.

Le réalisme des individus est variable aussi. Selon des étapes dans la vie de chacun et les traits des gens, certains sont plus engagés dans le travail que d’autres. Tout est possible et chaque cas difficile est particulier.

Les idées néo-libérales

Dès le XIXème siècle, l’éducation a encouragé l’autonomie individuelle chez les meneurs. Par exemple, les 6000 officiers de l’armée des Indes ont géré des millions de gens en se fiant à un petit guide et à leur bon jugement, leur intégrité et leur engagement à servir l’Empire. Ce n’était plus possible de prévoir les décisions de chacun comme dans une société traditionnelle. L’autonomie s’est démocratisée depuis, mais le sens du devoir a été remplacé par des droits individuels. C’est ici que les choses se compliquent.

Depuis 1960, à peu près au moment où les entreprises ont demandé des travailleurs différents. Les valeurs que notre société propose aux individus ont changé. Ils ont appris à s’affranchir des normes sociales qui les rendent coupables. Les lignes ouvertes des radios et les courriers du cœur nous ont permis de partager l’intimité de bien des gens malheureux. S’écouter n’est plus un défaut. Exprimer ses difficultés et ses choix de vie est un art bon chic bon genre. Notre personnalité est notre façon de nous affirmer et de nous définir. Les autres repères sont en arrière plan.

C’est maintenant à nous de faire notre bonheur et nous avons le droit de le faire différemment des autres. C’est même chic de dévier un peu de la norme. Cette responsabilisation des gens a des bons côtés pour les entreprises. Par exemple, elle permis des gains de productivité dans les entreprises. Chacun doit être capable de prendre des décisions responsables. Le travail de force et répétitif est presque disparu. Il faut des employés polyvalents et engagés.

Les individus ont aussi profité. En fait, nous existons comme individus au sens où nous l’entendons depuis 3 ou 4 siècles. Nous avons maintenant le droit de chercher notre intérêt personnel et de quitter un emploi sans que ce soit de la haute trahison comme il y a 40 ans. La mobilité sociale est devenue une réalité grâce à l’éducation et à l’ouverture d’esprit générale devant les différences. Les cols bleus ont été les derniers à devenir des collaborateurs valorisés dans les entreprises. Dans beaucoup de cas, pour les cols bleus, c’est arrivé vers 1980-1990 quand les syndicats ont cessé de promouvoir l’affrontement des classes. C’est donc très récent pour eux.

Nicole Dubois (1994) dit que la notion d’internalité est un produit de l’économie néo-libérale. Le groupe professionnel qui valorise le plus le sens du contrôle personnel est celui des cadres. Elle montre comment la préférence des enfants pour des explications internes du comportement change avec l’âge. Elle montre que c’est notre société qui valorise cette forme interne d’explication. Dans les sociétés traditionnelles, les explications sont plus souvent externes (Il a agi ainsi parce que c’était son devoir; parce qu’il est un bon père...).

Elle montre que cette forme d’explication camoufle des valeurs, la valeur des gens et leur utilité pour la société. Par exemple que les cadres de l'entreprise privée ont plus ce sentiment d'internalité que les cadres de la fonction publique où le milieu est plus structuré et où les dirigeants sont souvent confrontés aux limites de leur autorité. On peut penser que les subalternes dans la fonction publique sentent qu’ils ont peu d’autorité. Nicole n’est pas d’accord avec cette idée, mais elle en montre l’importance pour notre culture.

Les gens qui croient dans le travail s’engagent et y trouvent une satisfaction. Plus tard, ils peuvent déchanter et devenir plus réalistes. Ils peuvent viser d’autres défis et des plus difficiles. Ils peuvent aussi ramasser leurs billes et se consacrer à autre chose. Tout ceci est normal et fonctionnel si la source des volontaires ne se tarit pas pour une société. Qui peut maintenant promouvoir le travail pour contrer les critiques si les conséquences négatives de ne pas travailler ne ramènent pas les gens à plus de réalisme?

A la recherche des maladies

Revenons maintenant aux maladies du travail qui sont des extensions des accidents. Une infection est aussi une lésion et elle n’est pas soudaine.

La loi  des accidents de travail prévoit de découvrir les maladies du travail. Par exemple, l’Institut de recherche en santé  sécurité du travail œuvre dans ce sens et diffuse ces informations pour faciliter les diagnostics. Il y a eu des études sur les maux de pied des danseuses de ballet qui font des pointes. Ces études permettent au médecin qui ne connaît rien au ballet de comprendre vite ces problèmes.

Il faut aussi prévenir les maladies. Dans le cas de la dépression, en plus d’aider les malades à récupérer et retourner au travail, il faut agir sur le milieu pour réduire l’incidence de la maladie. Par exemple, filtrer l’air des usines où on trouve des gaz toxiques.

 La symbiose

Pour que la psychologie prenne une place à côté des médecins, tout en dépendant d’un jugement médical, il faut une symbiose entre les deux professions. Les psychiatres ne voient pas nécessairement d’un bon œil ces amateurs de psychologues qui courent après leur pain et leur beurre. Ils sont assiégés par ces ambitieux.

Le médecin praticien a un point de vue différent du psychiatre. Il veut vite faire un diagnostic et prescrire un médicament dans son bureau. Une étude française mentionnée dans Le Point du 4 octobre 2002 parle de 12 minutes pour un diagnostic qui va coûter des mois de salaire.

Écouter longuement les gens n’est pas efficace pour les médecins. Il prévoit des rendez-vous courts. Par exemple, 12 minutes plus 3 minutes pour rédiger le dossier et prescrire. Si le médecin peut faire le diagnostic, prescrire un médicament en vitesse et suggérer un traitement en 15 minutes, il va trouver son compte. Le reste ne l’intéresse pas.

Le reste est embarrassant car il ne croit pas qu’il y a vraiment une lésion dans le cas des lésions psychologiques. Les causes psychologiques sont pour lui une absence de cause. Une situation bien humiliante. Il reste avec le devoir de trouver une cause. Mieux vaut passer la patate chaude à quelqu’un d’autre. Heureusement qu’il y a des psychologues. Si la procédure peut être officialisée, la vie devient plus facile. Les médecins de première ligne demandent seulement des procédures claires et le tour sera joué.

Les psychologues en mission

Les psychologues ne sont pas les seuls à vouloir sauver les gens. Les centrales syndicales ont pour rôle d’aider les accidentés à obtenir justice. Le travail qui blesse est une bonne cause pour les centrales. Elles ont étudié la question des lésions psychologiques.

Longtemps, des centrales syndicales ont tenu un langage marxiste dans lequel les travailleurs sont présentés comme des victimes de leur incapacité de négocier de bonnes conditions de travail. Pour Marx, le pire était l’aliénation, la perte du contrôle des moyens de production. Plusieurs ont surtout trouvé que les patrons demandaient trop d’heures de travail et ne payaient pas assez. Le sens du travail n’est pas le lot de tous et il faut se reposer.

Les syndicats ont beaucoup fait pour réduire les impacts négatifs du travail en général. Nous leur devons tous nos samedis libres et une part de nos soirées. Ils ont mené des luttes pour la réduction de l’exposition au travail qui fatigue et ce sont des alliés naturels comme l’article de Psychologie Québec le démontre.

Il faut plus qu’une fausse maladie pour venir définitivement à bout du gros bon sens. Il faut constater que la proposition des psychologues comporte des aspects qui risquent d’en faire une idée qui ne passera pas aux limbes rapidement. Les psychologues ont misé sur une des grandes fraudes intellectuelles du siècle, la psychanalyse. Elle ne fait plus recette car les gens frustrés sexuellement se font dire de régler leur frustration par une solution plus simple que la psychanalyse.

Les gens se sentent moins coupables. Ils rêvent moins au ciel et ils écoutent moins les curés. Par contre, une pause sabbatique est un succédané acceptable au ciel et à l’État de grâce d’un État communiste. La proposition a des connotations puissantes parce qu’elle fait appel aux même motivations que le projet marxiste.

Marx le prophète

Le marxisme est une idée qui a resurgi souvent depuis 150 ans. Ce n’est pas seulement à cause de la logique de ses arguments, qui sont souvent très logiques. Le congé pour dépression est simplement une idéologie de rechange pour les perdants du système capitaliste qui semble vouloir durer.

Joseph Schumpeter dans Capitalisme, socialisme et démocratie a proposé que le marxisme a plusieurs aspects propres à une religion et qu’il doit son succès à une idéologie essentiellement bourgeoise. Selon Schumpeter, ce sont ces aspects religieux qui font que les idées marxistes surgissent régulièrement malgré que des preuves tangibles démontrent que leur application est loin de donner les résultats attendus.

Si c’est possible de faire accepter que les travailleurs ont droit au bonheur au travail plutôt qu’au ciel, nous aurons un mouvement irréversible sur les bras et les arguments logiques n’y pourront rien. L'argument le plus simple et le plus percutant pour démontrer que Marx était un prophète, c'est qu'il n'a jamais décrit comment fonctionnerait un État Marxiste. Un article de la revue The Economist (texte ajouté le 19 décembre 2002), une revue qui n'est pas exactement au service du maxisme, présente aussi l'idée que Marx a fondé une religion plutôt qu'une science comme il le croyait.

The “Communist Manifesto”, despite the title, was not a programme for government: it was a programme for gaining power, or rather for watching knowledgeably as power fell into one's hands. That is, it was a commentary on the defects and dynamics of capitalism. Nowhere in the “Manifesto”, or anywhere else in his writings, did Marx take the trouble to describe how the communism he predicted and advocated would actually work...

...Marx was not a scientist, as he claimed. He founded a faith. The economic and political systems he inspired are dead or dying. But his religion is a broad church, and lives on.

Depuis plus de 10 ans, il semble bien que le capitalisme tiendra le coup. Il semble même en train de prouver qu’il peut faire tout le mal que Marx a si bien décrit dans le Manifeste du parti communiste. Marx a entrevu clairement la capacité de capitalsme d'améliorer la richesse. A défaut d’une révolution qui mettra fin définitivement au capitalisme et qui offrira le bonheur total, la notion de dépression offre en pâture aux perdants du chaos néo-libéral quelques mois de bonheur à la maison. Quelques mois à la fois loin de la pression du bureau qui n'a pas grand chose en commun avec les conditions de travail des classes laborieuses en 1848.

Le chaos continu est une plainte fréquente des employés modernes. Schumpeter et Marx sont d’accord pour dire que le capitalisme implique un chaos continu et destructeur. Schumpeter voit ce chaos comme créateur. Il sait aussi, tout comme Marx, qu’il y a des pertes humaines dans le processus. Les employés de l’État jouissent d’une sécurité d’emploi similaire à celle rêvée par les marxistes.

Ce n’est pas nécessaire de faire la révolution. Si ont peut obtenir les avantages du marxisme dans une économie qui fonctionne bien et le congé pour dépression est un de ces avantages.

Le pouvoir aux travailleurs

Depuis Malthus, le problème des travailleurs c’est qu’il y a toujours un autre travailleur prêt à faire le même travail pour moins d’argent. Comme ils se multiplient, l'offre sur le marché ne leur permet pas de dépasser le niveau minimal de subsistance. C’est cette offre trop grande qui est la base de leurs problèmes.

Marx prévoyait que les travailleurs retrouveraient le contrôle de leurs moyens de production en prenant le pouvoir politique. En contrôlant leurs moyens de production, ils pourraient s’exprimer au travail. Si une masse importante de travailleurs peut fuir le travail aux frais de l’employeur, l’offre diminue et ils seront obligés de négocier. Les conditions idéales de l’État marxiste seront atteintes. Rester à la maison avec un salaire quelques mois est un prix de consolation comparé au bonheur éternel promis par la société sans classes, mais il faut bien se montrer raisonnable et ne pas couper la branche sur laquelle nous sommes assis, la productivité de l’économie libérale.

Quand Schumpeter décrit Marx comme un prophète, il reprend des éléments familiers dans les descriptions que font les psychologues du travail des déprimés : «Marx a vécu en un temps où les réalisations bourgeoises étaient parvenues à leur zénith et la civilisation bourgeoise à son nadir, en un temps de matérialisme mécanique où … Toutes les classes de la société perdaient rapidement la foi, dans tous les sens réels du terme…

Marx a donc traduit «avec une vigueur insurpassée, ce sentiment d'être brimé et maltraité qui constitue le comportement auto-thérapeutique d'innombrables malchanceux et, d'autre part, en proclamant que la guérison de ces maux par le socialisme doit être tenue pour une certitude susceptible d'être rationnellement démontrée.

Schumpeter apprécie la finesse du discours de Marx : «Observons avec quel art suprême l'auteur réussit, en cette occurrence, à combiner toutes ces aspirations extra-rationnelles, que la religion en déclin laissait désormais errer çà et là comme des chiens sans maître, avec les tendances contemporaines au rationalisme et au matérialisme, inéluctables à une époque qui ne consentait à tolérer aucune croyance dépourvue d'attributs scientifiques ou pseudo-scientifiques. Un sermon pragmatique n'aurait pas fait impression ; l'analyse du processus social n'aurait retenu l'intérêt que de quelques centaines de spécialistes. Mais envelopper le sermon dans les formules de l'analyse et développer l'analyse en ne perdant jamais de vue les aspirations du cœur, telle a été la technique qui a conquis à Marx des allégeances passionnées et qui a mis entre les mains du marxiste un atout suprême.»

Cela peut sembler surprenant de voir des experts rationnels, comme les psychologues ont la réputation de l’être, se proposer comme grands prêtres. Tous les prêtres ont semblé avoir de bonnes explications. De plus, les psychologues cliniciens ont adopté en bonne partie les idées de l’autre grande fraude intellectuelle du XXème siècle, la psychanalyse. Dans le cas du marxisme, Karl Popper a considéré que dès 1925, les Soviétiques avaient montré que leur système économique ne pouvait fonctionner. Quant à Freud, il avait le désavantage de la familiarité. La sœur de Freud a passé du temps avec sa famille durant la première guerre et c’était presque un voisin. Selon Popper, jamais ses idées n’ont pu être vérifies. Les systèmes pseudo-scientifiques ont des traits communs, mais le marxisme est une nette amélioration sur la psychanalyse pour les psychologues.

L’opium privé du peuple

Passer de Freud à Marx est un gain certain au niveau de la rigueur. Cependant, il faut constater que les services des psychologues ont toujours contenu des éléments ésotériques et des méthodes pour séduire le public.

La sécurité d’avoir raison et de se sentir moralement impeccable a été historiquement assumée par des prêtres. Ils proposaient des normes générales, mais les psychologues ont proposé depuis 100 ans de faire sauter le sens des culpabilités. La culpabilité qui causait les névroses n’est plus à la mode. Nous avons des droits et les devoirs sont moins clairs.

Nous avons mentionné que depuis 1960, chacun doit maintenant devenir soi et se distinguer. Les psychologues se proposent comme les prêtres qui sauveront chaque travailleur à la fois. Ils offriront à chacun un rite et un culte personnalisé. L’opium du peuple est dépassé. Il faut à ce moment réintroduire un opium personnalisé. Ce traitement long et individualisé convient à des travailleurs uniques et il sera donné par des psychologues soucieux de leur individualité. Chacun a besoin de pouvoir raconter une histoire cohérente et satisfaisante.

Ce n’est pas facile d’être soi et cela exige de l’aide individuelle. Plus question d’amalgamer tous les clients. Il ne faut pas permettre aux prêtres du format classique de reprendre du service et le marché de l’aide aux décisions morales est juteux aussi. Psychologie Québec a fait en 2002 un numéro sur l’aide que les psychologues peuvent apporter au plan moral. Leurs services s’adaptent donc.

 Une position anachronique

Si les psychologues qui parlent de la détresse psychologique reprennent essentiellement l’analyse du processus d’aliénation décrit par Marx, leur position ne tient pas compte de l’évolution du travail depuis 100.

Adam Smith disait aux entrepreneurs de se méfier des gérants. Le succès du système capitaliste a favorisé l’apparition des gestionnaires. Ils sont déplacés les propriétaires et ils contrôlent de fait les entreprises à la place des propriétaires. La confiance s’est étendue graduellement à toutes les catégories d’employés. Tous les employés dans les organisations modernes doivent se montrer dynamiques comme les patrons autrefois. Ils doivent avoir la capacité des entrepreneurs de faire face à des difficultés et ceux qui ont ces qualités montent dans la hiérarchie.

La norme actuelle pour les travailleurs est de ressembler aux entrepreneurs, ce qui est très exigeant. Les pauvres employés qui ne réussissent pas à suivre le rythme du changement ne sont pas des victimes dans cette perspective. Ce sont des gens qui ne font pas leur travail selon les normes actuelles. Selon une perspective entrepreneuriale ou économique, ils font faillite tout simplement.

Dans les milieux où les employés ont été choisis pour leur conformisme, la norme de l’initiative est terrible. S’ils ont une sécurité d’emploi et je viens de parler de la fonction publique surtout, la masse des gens qui ne suivent pas est imposante. C’est dans ces milieux que l’idéologie du bonheur au travail garanti a fait le plus d’adeptes.

Les luddites ont détruit des machines parce que le travail devait se faire à la sueur du front et que produire sans suer était immoral. Ils voulaient du travail. Les psychologues sont plus révolutionnaires dans le sens où le travail n’a pas de sens pour eux. Ils ne croient pas plus au sens du travail que Taylor qui dictait la seule bonne façon de faire en plus des objectifs. L’affaire est passablement compliquée et les religions sont ainsi.

Comme le prévoit Schumpeter, le discours technique sur la dépression et les lésions va intéresser seulement des experts. Ce n’est pas nécessaire de soulever les masses. Quelques experts suffisent s’ils ont le pouvoir d’inscrire ces idées dans des institutions qui ont pour mission d’aider les accidentés physiques du travail. Si la Loi des accidents de travail avait existé en 1917 en Russie, nous aurions peut être évitée la révolution d’octobre et des millions de morts.

Les premiers intéressés

La foi des psychologues dans leur vision du travail s’appuie sur plusieurs sources. Ils voient à la journée longue des gens qui ont des problèmes. Ils peuvent imaginer qu’il n’y a que cela.

Les psychologues qui dépriment à la suite de leur travail le font parce qu’ils sont en relation avec des gens qui ont ces réactions et qu’ils montrent beaucoup d’empathie pour leurs clients. Ils devraient garder une saine distance émotive, mais c’est plus facile à dire qu’à faire.

Ils peuvent lire dans le journal des études qui disent que 25, 40 ou 50% des employés dans un milieu souffrent psychologiquement créent un mouvement de masse et des sympathies. Leurs clients leur parlent des autres qui souffrent comme eux.

Ce que les gens disent aux psychologues quand ils disent ce qu’ils font comme travail. c’est que ce doit être déprimant. C’est le cas en effet. Le burn out a été décrit dans le domaine des relations d’aide en premier et il n’était pas question de l’impact du patron ou de l’employeur. La profession de relation d’aide était alors conçue comme une mission dans laquelle l’employeur joue seulement le rôle de mécène.

L’idée du burn out s’étend maintenant à bien des emplois, mais il fait des ravages depuis longtemps en psychologie. Ce n’est pas difficile de convaincre les psychologique qu’établir la dépression comme maladie professionnelle est une bonne chose pour eux comme groupe et comme employés.

Janet M. Stoppard, un professeur de psychologie de l’Université du Nouveau-Brunswick a publié un livre qui analyse la dépression chez les femmes. Elle montre comment les rôles sociaux que les femmes jouent peuvent les inciter à la dépression. Elle fait cette analyse au niveau de la vie intime. Elle suppose des mécanismes qui n’ont rien à voir avec le travail. Elle aborde la question dans la perspective de la psychologie sociale, une perspective différente de celle de Seligman qui ne cherche pas comment les relations sociales entre les gens peuvent les amener à des conclusions négatives.

Dans la perspective de la psychologie sociale, la majorité des réalités sont quelque chose de négocié entre des personnes, mais ici tout se passe au niveau intime. Une discussion autour d’une tasse de café a souvent plus d’impact sur bien des gens ordinaires que les idées abstraites comme celles de ce texte et que les relations d’autorité au travail.

Dans cette perspective, des personnes qui échangent ajustent leurs idées à partir de modèles, de rôles et de leurs expériences. Stoppard montre que la dépression est une réaction d’ajustement devant la réalité, les rôles que les femmes jouent, et en tenant compte des idées qui sont échangées et qui traitent de cette réalité. Elle parle très peu du travail. La situation réelle des femmes implique des relations avec des amies, mais aussi des maris, des enfants et même des amants. Le point important ici, c’est qu’il y a d’autres relations que les relations d’autorité qui induisent la dépression. Imputer la dépression au travail, et seulement au travail, va laisser un grand vide pour expliquer cette réaction qui se produit dans bien d’autres circonstances.

Les experts du travail

Les psychologues du travail ont une attitude positive envers le travail. Il permet de gagner sa vie et il peut même être une source de sens et une occasion de perfectionnement humain. En fait, peu d’activités humaines offrent autant. Le général Patton disait que la guerre avait plus de sens encore, que c’était l’activité humaine qui avait le plus de sens. Comme la guerre a plus d’effets négatifs que le travail, le travail semble un bon compromis aux psychologues du travail. Ils sont évidemment biaisés.

Quand il est question des psychologues du travail ici, il n’est pas question des psychologues des organisations qui font des constats généraux. Comme les expérimentalistes, ils observent que des gens réclament de plus en plus des congés pour dépression. Ils proposent des solutions globales aux employeurs comme réduire les conflits. Ils profitent aussi de la manne apportée par les dépressions. Il n’est pas question non plus des psychologues qui aident les employés et qui ont permis aux autres de flairer le juteux marché qu’ils convoitent.

Les experts du travail sont au service des patrons pour trouver des gens capables. Si leur optique est celle de la psychologie différentielle, ils sont là pour choisir les gens les plus capables. Par exemple, ils ont des mesures de la stabilité émotionnelle et ils cherchent des gens qui résistent le mieux dans des situations difficiles.

Les psychologues du travail ne cherchent pas à récupérer les pertes, mais à trouver les gens les plus capables. Si nous sommes tous des victimes et que les différences individuelles sont mises de côté, ils n’ont plus de rôle à jouer. Ils sont déjà menacés : Par exemple, les lois contre la discrimination défendent de poser des questions relatives à des handicaps. La maladie mentale est dans certains cas un domaine tabou. Pourtant, l’expérience antérieure des gens avec la dépression est un bon moyen de juger s’ils ont la capacité de rebondir sur leurs pieds après une expérience difficile.

Il y a des gens qui ont des problèmes évidents. Ils les compliquent en refusant de parler d’eux-mêmes et surtout de parler de leur difficulté. Souvent, ils se présentent comme étant pires qu’ils ne le sont parce qu’il n’y a rien de pire à leurs yeux que ce problème évident que tout le monde voit. La psychologie différentielle est donc déjà assiégée par des lois bien intentionnées qui passent à côté de leurs objectifs. Il semble que dans notre culture une minorité de gens favorisent ouvertement le travail et que, même parmi les bons travailleurs, plusieurs chantent souvent : Demain on reste au lit.

La psychologie différentielle

La psychologie différentielle est une des trois grandes traditions de la psychologie depuis sa fondation comme science il y a plus de 100 ans. La recherche et l’optique différentielle ont été là dès le début. Ensuite, en 1945, les psychologues sont devenus des cliniciens et la majorité est maintenant dans cette spécialité. En 1957, Les méthodes de la psychologie différentielle ont été assimilées à la méthode expérimentale à la suggestion de Lee Cronbach. La psychologie différentielle a été utilisée pour justifier des lois afin de castrer des déficients pour assainir la population dans les années 30. Le nazisme a utilisé ces arguments contre les juifs et les minorités non-aryennes. Le purgatoire s’est terminé vers 1985.

Ce sont les tests qui ont permis aux psychologues de devenir des praticiens. Ils ont abandonné ce filon pour préférer la clinique après la guerre. Les universités ont peu enseigné l’approche différentielle depuis 1960. Elle n’avait pas la cote dans les milieux universitaires. Le développement dans ce domaine dépend pour beaucoup du développement des outils, les tests. Dans le milieu académique, il n’y a plus moyen de gagner des points dans ce domaine. C’est malgré tout l’activité principale des psychologues dans le monde du travail.

Les universités québécoises produisent peu de spécialistes du travail et des organisations. Ceux qui viennent des autres domaines sont traditionnellement bienvenus. Quand ils ont connu le travail, ils adoptent souvent facilement une optique positive qui convient au monde du travail. Ils le font pour servir le milieu et ils apprécient de sortir du miasme des milieux cliniques. Ce travail n’est pas drôle en effet, mais les cliniciens valorisent le travail clinique au point d’en faire une religion et ils sont les premiers à en faire les frais. C’est difficile pour des mercenaires de concurrencer des kamikazes.

Si la dépression devient une maladie professionnelle, nous pouvons prévoir un mouvement de masse de psychologues avec une optique négative vers le monde du travail. La démarche pour obtenir une indemnité sera simplifiée parce que la maladie sera reconnue.

Dans ce cas, les cliniciens entreront par la grande porte. Ils n’auront pas besoin d’adopter les idées du monde du travail si une loi consacre que leur point de vue négatif est le bon pour comprendre les effets du travail. Ils imposeront leur perspective. Surtout s’ils arrivent en masse et s’ils n’ont pas de comptes à rendre aux employeurs. En douceur, ils pourront dicter une façon de faire et de penser qui aura beaucoup d’impact sur notre économie.

Beaucoup de psychologues actifs dans le monde du travail ont été formés en clinique ou dans d’autres domaines où la connaissance du milieu fait partie de la formation et de l’expérience. Plusieurs ont des tâches cliniques et aussi des tâches reliées au monde du travail sans réaliser qu’ils sont à cheval entre deux mondes. Pour les cliniciens, on peut comprendre les gens normaux à partir de la minorité qui ne fonctionne pas. Le milieu n’est pas important pour eux.

Bien des experts disent qu’il faut freiner cette tendance de la psychologie à pathologiser tous les comportements et à faire des victimes pour mieux les traiter[20]. Accepter l’optique pathologique des cliniciens va nuire à l’évolution de la profession dans son ensemble.

Le virage positif

Les cliniciens ont une approche négative qui est calquée sur la psychiatrie. Presque toute la psychologie s’est imprégnée de ce négativisme et de traces d'ésotérisme. Il y a actuellement un mouvement américain d’envergure pour sortir la psychologie comme science et comme profession de cette voie négativiste. A l’instar des  psychiatres, les psychologues voient des problèmes partout et seulement des problèmes. Ensuite, ils ne semblent pas axés sur les techniques et la recherche comme ils sont supposés l'être. La profession est "marketing drive" plutôt que "Technology driven".

Médicaliser tous les problèmes et faire de tous les gens des victimes qui doivent s’abonner aux services d’un psychologue ne nous semble pas mieux que l’opium du peuple qui était offert par les religions organisées ou par les idéologies qui glorifiaient l’État. L’individualisme et la psychologie ont du bon et il faut voir les gens de façon positive.

Depuis 1998, il y a donc un mouvement organisé pour la psychologie positive qui veut briser l’emprise de la psychiatrie sur la psychologie. Le titre du premier article d’un volumineux Handbook sur la question est clair: Stopping the Madness. Ce mouvement a été mis en marche par Martin E.P. Seligman, celui a le premier fait un modèle expérimental d’une maladie mentale. Il a montré que des animaux et des humains réagissaient de la même façon dans certains cas et ce qu’il a démontré est justement le phénomène de la dépression.

Cette notion est donc démontrée selon la preuve la plus forte possible en psychologie, une preuve expérimentale. Seligman est le 13ème psychologue le plus cité dans les articles scientifiques en 2002. Notamment, il a collaboré à deux livres aux titres révélateurs. Le premier s’intitulait Learned Pessimism et l’autre Learned Optimism.

Il a réalisé que l’approche négative est un désastre en psychologie. Selon son modèle, les gens déprimés le sont parce qu’ils se sentent responsables de leurs malheurs. Si des gens se plaignent du patron, ce n’est pas de la dépression. Les raisons de se plaindre ne manquent pas généralement, mais c’est autre chose que de la dépression selon ce modèle. Rappelons qu’à l’extérieur du monde du travail, Stoppard a aussi expliqué la dépression au niveau des mécanismes sociaux. Alain Ehrenberg le fait dans une perspective sociologique et le patron ne joue pas de rôle spécial non plus dans son cas. C’est toujours une réaction de la personne. Les réactions des personnes sont important en psychologie.

Seligman, dans une perspective plus large que de contrer les abus au sujet de la notion dont il est l’expert, a mis en place un mouvement de fond pour remettre la psychologie dans une perspective positive. Les psychologues du travail servent d’exemple aux autres psychologues pour leur constance à voir le côté positif des gens et pour la rigueur de leur démarche.

Origine du négativisme et tendance

La psychologie s’est engagée dans la voie négative et psychiatrique en 1945. A ce moment, des psychologues ont été massivement formés et engagés pour réintégrer les vétérans américains à la vie civile. L’effort a été typique des autres efforts de guerre comme la fabrication de la bombe atomique[22].

Ils ont été choisis faire ce travail à la place des psychiatres et des programmes d’études ont été mis sur pied avec la même célérité qu’on a mis pour faire la bombe atomique. Les psychologues devaient adopter ce qui a été nommé le modèle de Boulder. C’est une optique professionnelle basée sur une formation scientifique. Les médecins ont aussi une formation clinique et une formation scientifique. Depuis 50 ans, le contenu scientifique a pris de l’importance en médecine. La médecine est devenue généralement plus rigoureuse et la psychologie l’est devenue moins. Il y a toujours eu des éléments d'ésotérisme en psychologie.

Barbara Byrne (1996) démontre dans un article de Psychologie canadienne que le leadership des psychologues dans ce domaine n’est plus une réalité. Elle a eu le prix de la société canadienne de psychologie pour l’éducation. La formation et le thème qu’elle développe sont bien connu. Le titre d’article suivant fait foi du fait que l’idée n’est pas nouvelle: Note sur le déclin continu de la formation en Mesure au niveau du doctorat[24]. Une enquête que l’article mentionne montre que 46 universités canadiennes et américaines sur les 264 qui offraient des programmes au niveau du doctorat en psychologie offrent une formation en mesure. Seulement 13% des universités américaines enseignent les bases de la construction des tests psychologiques. Ce déclin a commencé en 1970 selon 4 éditeurs de journaux scientifiques publiés par l’American Psychological Association qui se sont prononcés en 1990 sur la question. Byrne montre que les psychologues n’ont pas modifié ce qui s’enseigne dans ce domaine depuis 20 ans.

Selon elle: “la formation en psychologie a refusé de reconnaître que la mesure est la base de toutes les autres poursuites scientifiques” (p 77).

Avant 1900, la médecine n’était pas enseignée dans les universités américaines. Maintenant, la médecine a une perspective très rigoureuse et même la psychiatrie tente de proposer des idées dans ce sens. Les psychologues ont adopté les idées d’une minorité de médecins moins rigoureux, les psychiatres psychanalystes. Aux Etats-Unis, la psychanalyse a longtemps été réservée aux médecins comme Freud le voulait.

En fait, la médecine en général a pris des leçons de rigueur de la psychologie. Elle adopte de plus en plus une approche probabiliste pour faire des diagnostics. Le physicien Maxwell a pris cette approche probabiliste issue des sciences humaines vers 1875. Il a établi ses lois de la thermodynamique et toute la physique fait de même depuis. Les comptables vérifient les entreprises avec des échantillons. Les usines contrôlent la qualité de façon probabiliste. Les porte-feuilles des financiers sont régis par la loi de la régression vers la moyenne établie par le fondateur de la psychologie différentielle, Francis Galton.

Beaucoup d’outils statistiques comme la corrélation ont été développés en psychologie. En 1970, les psychologues étaient des experts en statistiques et en méthodes de recherches. Maintenant, les cliniciens n’en font presque plus. Avec le temps, la formation des cliniciens a mis de côté la perspective scientifique et ils sont devenus les défenseurs des victimes du pouvoir.

Ils ont adopté dans l’exercice l’optique négative des psychiatres et des valeurs comme l’authenticité dans les rapports humaine. C’est une norme valable dans les relations intimes, mais désastreuse en politique et au travail. Plusieurs psychologues ont travaillé avec et comme des psychiatres tout en essayant de prendre leurs distances.

D’un autre côté, de grands spécialistes très rigoureux de la psychologie ont articulé la psychiatrie d’une façon plus rigoureuse. Des gens comme Theodore Million ont aidé les psychiatres à mettre à jour leur classification des maladies mentales (le DSM-III). Il y a donc des liens entre les deux professions qui sont souvent positifs.

Si les cliniciens sont maintenant, et de loin, les plus nombreux en psychologie leur position théorique sur la dépression n’est pas conforme à la psychologie comme science et ils ne s’en font pas. Ils fonctionnent dans un autre univers où les arguments rigoureux ne sont pas bienvenus.

Une vision positive et rigoureuse

Les psychologues du travail ont naturellement une optique positive comme les médecins du sport. Les cliniciens peuvent perdre de vue les aspects positifs de la vie. Comment le font-ils?

Quand on examine un mécanisme d’adaptation à la fois, on peut arriver à perdre de vue l’essentiel et voir la personne comme une victime c’est nier sa capacité de s’adapter et de vivre. Une optique positive est possible en clinique aussi.

Dans le livre Survivre, la dynamique de l’inconfort, Pierre Mongeau et Jacques Tremblay décrivent le fonctionnement de la personne à partir de leur expérience pratique. Au lieu d’une réaction parcellaire, comme la dépression en est une, ils proposent un modèle général du fonctionnement de la personne. L’essentiel selon eux c’est que la personne veut survivre et qu’elle est organisée pour y arriver.

Un inconfort, comme la dépression ou la douleur, est un instrument d’adaptation et de survie. Pour Mongeau et Tremblay, «L’impression d’inconfort qu’éprouve une personne est ainsi indirectement fonction de l’intensité de l’efficacité de ses réactions…Lorsque la réaction est adéquate, le niveau de tension revient à la normale…Si la réaction est inadéquate, l’inconfort s’accroît.» (p.36).

Dans une perspective psychologique globale du genre, il ne faut faire attention de créer une distorsion qui fausse les mécanismes normaux d’adaptation. Les économistes se méfient beaucoup des interventions gouvernementales qui faussent le jeu économique naturel. Il faut aussi se méfier des interventions qui, sous de bonnes intentions, privent les individus des réactions qui vont leur permettre d’améliorer leur sort, d’apprendre et de modifier leur milieu. Aider les gens, c’est aussi les rendre dépendants et avoir une chance de montrer sa supériorité.

Le travail clinique ne mène donc pas nécessairement à une optique négative en psychologie. C’est la cohabitation avec les médecins et la clientèle qui cause ce problème. Les théories de la psychologie devraient donner une vision plus équilibrée de l’ajustement des gens.

L’optimiste et la richesse

Malgré tous ses défauts, le travail est la principale source de richesse pour les nations. L’enthousiasme des citoyens pour le travail est devenu important dans les économies modernes. Ceux qui travaillent trop ont des problèmes de riches.

Les économistes sondent régulièrement les dirigeants d’entreprise. Ils savent que leur optimisme pour investir est un déterminant de l’économie. L’optimisme des citoyens et leur capacité de relever des défis est de plus en plus important pour une économie. Nous avons besoin d’entrepreneurs dans beaucoup d’emplois en plus des entrepreneurs investisseurs classiques.

Le conflit entre les psychologues négatifs envers le travail et les psychologues positifs envers le travail dépasse les intérêts de ces deux groupes. Ils ne font que les représentant d’intérêts plus larges. D’un côté l’économie néo-libérale et la confiance qu’elle met dans les individus. De l’autre, l’optique des défenseurs des travailleurs opprimés qu’on veut rendre dépendants.

Par la même occasion, nous dépassons aussi le cadre des maladies professionnelles. Nous sommes dans le domaine de l’économie psychologique. C’est-à-dire dans les normes sociales sur ce qu’il faut savoir-faire et être pour gagner sa vie. Faire de la dépression une maladie professionnelle crée des normes sociales qui font redéfinir les attentes des employés vis-à-vis du travail et constituer des coûts pour les entreprises. Le bonheur au travail sera un droit, sinon ce sera le repos.

Actuellement, pour travailler, des psychologues se préparent à trahir pour de bon les idées les plus fondamentales de leur discipline, l’autonomie de la personne. Ils sont aussi prêts à mettre de côté la rigueur encore plus qu'avamt.

Une mobilisation

Sans le réaliser, ils veulent couper la branche sur laquelle notre productivité est assise. Couper les ponts avec les objectifs de rigueur de leur profession va tuer la profession.

Il faudrait des réactions claires de la part des gens qui croient dans la valeur du travail comme outil de développement des humaines ou de la part des gens qui comprennent qu’une piastre est une piastre. Il faut détruire ce nouvel infâme qui répand des erreurs  pour mieux contrôler la population et s’enrichir. Il faut mettre un stop cet engouement plus désastreux pour l’économie que les valeurs des moines contemplatifs ou les idées des raéliens ensemble.

Si les employeurs, les autorités des organismes qui assurent les accidents de travail et le public en général ne contestent pas le point de vue des experts cliniciens, la dépression sera bientôt une maladie professionnelle. Ils doivent se réveiller. Il faut comprendre où les psychologues veulent en venir et contrer ce mouvement pour conserver notre productivité nationale.

Conclusion

Il ne faut pas laisser le pessimisme des experts négatifs de la psychologie décourager les personnes qui sont à la base de notre richesse collective. Il ne faut pas laisser leurs idées tenter les employés qui aspirent à la dépendance et au repos. Nous devons produire et ce n’est pas facile. Il faut même faire appel à la psychologie pour améliorer la popularité du travail.

Certes, et Marx le décrit aussi bien que les psychologues organisationnels, le capitalisme implique des excès. Henry Mintzberg pense aussi que les entreprises pensent trop aux actionnaires et pas assez aux employés. Il faut garder ces problèmes dans leur contexte et corriger des excès. Les psychologues du travail devraient mieux identifier les gens qui sont les opposés des déprimés sur leurs mesures.

Les gens qui ont trop confiance en eux causent actuellement plus de problèmes que les déprimés parce qu’on leur confie de lourdes responsabilités dont ils s’acquittent mal. Il faut reconnaître les John Roth et les Jean-Marie Messier de ce monde et les contrôler. La psychologie peut faire beaucoup pour le monde du travail, mais avec une optique positive et en s’occupant des gens.

L’Ordre propose donc de mettre de côté la base de l’autorité de ses membres. A ce compte, l’Ordre perd sa raison d’être s’il supporte des stratégies de marketing pour occuper ses membres sans tenir compte des fondements de la profession et sans tenir compte de l'ensemble des besoins de la collectivité.

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